Inséparable de la main et du métier, l’esprit du Compagnonnage s’exprime par des valeurs, une volonté de toujours mieux faire, le voyage ou « tour de France », des coutumes, des symboles, des rites et des légendes. Tout cela, c’est ce que les compagnons appellent « le Devoir ».

Cachets
compagnonniques,
XIXe siècle.
Le mot « Compagnonnage » employé au singulier recouvre en fait plusieurs associations ou mouvements. En faisant référence à l’ensemble des règlements et des traditions qui les structurent (le « Devoir »), ils se dénomment : compagnons du Devoir, compagnons du Devoir de Liberté, compagnons des Devoirs, compagnons des Devoirs Unis.
Le Compagnonnage n’a pas seulement pour but d’assurer un perfectionnement professionnel à ses membres. Il est aussi destiné à les éduquer et donner un sens à sa vie. Autrefois, les « Règles » et les « Devoirs », les règlements affichés chez l’aubergiste où les compagnons se réunissaient, comportaient de nombreux articles visant à assurer la cohésion du groupe et à développer les valeurs morales de ses membres.
Le voyage est l’une des caractéristiques du Compagnonnage. Il s’agit pour le jeune ouvrier de se rendre dans différentes villes où sont implantés les sièges des associations, d’y prendre pension et de travailler dans les ateliers ou chantiers avec lesquels des conventions sont passées. Le jeune homme découvre des techniques différentes d’une entreprise à une autre, durant les six mois ou un an durant lesquels il est embauché. Le tour de France dure de cinq à huit ans, parfois plus ou moins, tout dépend de la volonté de celui qui voyage.
Une société initiatique, telle qu’elle est définie par les ethnologues, est une société qui intègre ses membres par étapes, lesquelles sont marquées par des épreuves. C’est aussi une société qui distingue un état « profane » d’un état d’ « initié ». Le passage de l’un à l’autre s’opère au cours d’une cérémonie appelée l’initiation et plus précisément chez les compagnons, la réception ou encore le passage.
Le mot « compagnon » tire son étymologie de deux mots latins : « cum » (avec) et « panis » (pain). Le compagnon est celui avec qui on partage son pain, comme le « copain », qui a la même origine. Les compagnons ont donc pour devoir de se prêter assistance mutuelle, se secourir, s’entraider. Cette obligation repose sur la notion de fraternité.
Toutes les sociétés humaines, depuis la nuit des temps, ont leurs rites et leurs symboles. Ils sont inséparables des civilisations : rites funéraires, rites religieux, rites militaires, prestations de serment judiciaire, rites matrimoniaux, rites de salutations, etc. Les symboles ne sont pas moins nombreux. Les uns et les autres sont partagés par un grand nombre de personnes qui les reçoivent comme une évidence. Comme au sein de toute société initiatique, le Compagnonnage possède ses rites et ses symboles, mais comme ils sont moins extériorisés et pratiqués seulement par un petit nombre de personnes, ils suscitent la curiosité.
Durant la plus grande partie de son histoire, le Compagnonnage ne comprenait que des métiers qui étaient exercés par des hommes. La force physique nécessaire (métiers du bâtiment, tannerie, boulangerie, etc.), les risques du tour de France et l’environnement socioculturel rendaient inconcevable l’admission des jeunes femmes au sein des sociétés compagnonniques.
Le Compagnonnage n’est pas qu’une association de formation professionnelle, ni une société de secours mutuels, ni un syndicat. Il n’est ni une religion, ni une secte, ni une société secrète. Il présente des similitudes avec la Franc-maçonnerie mais également des différences importantes.