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Musée du Compagnonnage
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Cette rubrique vous informe des nouvelles pièces entrées au musée, des dernières publications, des préparations d'expositions, des appels à recherches, des manifestations du Compagnonnage associées au musée...


1916 : Le couvreur

1916 : Le couvreur "Angevin Cœur de France" meurt à Verdun …

Le musée conserve un grand chef-d’œuvre de couverture dont l’histoire est émouvante. En 1913, le compagnon Alfred Clément BONVOUS, Angevin Cœur de France, et son père Joseph Alfred, Angevin la Clef des Cœurs, entreprirent de reconstituer le grand chef-d’œuvre des compagnons couvreurs d’Angers. Construit en 1837 mais détruit en 1879, il n’en restait que les plans dont s’inspirèrent le père et le fils BONVOUS, couvreurs émérites dont on lira la notice biographique à partir de l’onglet GENEALOGIE du site.
La mobilisation du 1er août 1914 vint interrompre leur travail. Parti au front le 20 mai 1915, le caporal Alfred BONVOUS fils tomba au Bois de Vaux-Chapitre le 18 juillet 1916.

Son père, sublimant sa douleur, poursuivit seul l’œuvre entreprise et ne l’acheva qu’en 1922, ayant découpé et assemblé près de 7600 ardoises durant 3771 heures de travail. Il le dédia à son fils en insérant sur l’un des dômes cette mention en lettres d’ardoises finement découpées : « Bonvous Angevin la Clef des Cœurs à Angevin Cœur de France mon fils tué à Verdun 1916 / Fais bien Laisse dire N’oublions jamais 1914 / La fin couronne l’œuvre UVGT 1921 ».

On y remarque aussi les emblèmes des deux auteurs, formant une frise à l’égout du toit circulaire : une clef au centre d’un cœur renversé (la Clef des Cœurs) , une fleur de lys au centre d’un autre cœur (Cœur de France).

 Détail du chef-d'oeuvre d'Alfred et Joseph Bonvous
 
Un compagnon couvreur le décrivait en ces termes en 1931 : « Tout ce qui peut se concevoir de formes difficiles, d’audaces constructives, concourt à l’embellissement de cet édifice monumental. D’une embase circulaire, soutenue par une colonnade, s’élève harmonieusement une pyramide octogonale dont les noues en langue de pivert sont d’un harmonieux effet. Huit colonnettes supportent une continuité de demi-dômes allant en s’amincissant pour se terminer en un gracieux campanile dessiné par quatre outeaux, chapeauté d’une minuscule demi-sphère. »

BONVOUS père décéda à Angers en 1929. Sa veuve légua le chef-d’œuvre à la cayenne des compagnons couvreurs du Devoir de Tours. Le 15 août 1931, à l’occasion du 20e anniversaire de la fondation de la Société protectrice des Apprentis de la Ville de Tours, il fut présenté au maire, à l’hôtel de ville, en présence de 400 compagnons. Puis il fut déposé au musée compagnonnique, alors installé au musée des beaux-arts.
 
 

En janvier 1917, la Revue des Groupes fraternels des Compagnons du Devoir sous les Drapeaux publiait l’article suivant en hommage à ce valeureux compagnon :

NOS MORTS

Alfred-Clément BONVOUS

Angevin Cœur-de-France Compagnon Passant Bon Drille Couvreur

Parmi nos nombreux frères tombés glorieusement pour la Patrie et devant la tombe desquels nous nous inclinons respectueusement un, en raison de son activité et de son dévouement inlassables pour les œuvres compagnonniques, mérite une mention particulière et d’être cité en exemple.

Alfred BONVOUS était né à Angers, le 21 Avril 1888, d’une de ces vieilles familles compagnonniques d’artisans passionnés pour leur métier et pour le compagnonnage, dont George Sand a pu dire qu’elles étaient la Noblesse du travail.

Comme apprenti et ouvrier, il suivit les cours de l’Ecole Régionale des Beaux-arts d’Angers où il obtenait le 1er prix de Géométrie descriptive. Suivant les Cours Professionnels théoriques et pratiques sur l’Art du Couvreur dans ses applications techniques, cinq planches exécutées par lui furent exposées à l’Exposition Nationale d’Angers 1905.

Alors il commença son Tour de France et fut reçu à Paris le 1er Novembre 1906 sous le nom d’Angevin Cœur de France ; il travailla à Paris, à Lyon et en Belgique, puis passa par Nice, Marseille, visita la Provence et rapporta suivant la tradition, cachets et couleurs ; partout où il passa il laissa le bon souvenir fraternel d’un bon ouvrier, d’un bon Compagnon mutualiste, homme d’action moderniste.

En septembre 1911, à Tours, secrétaire du congrès des Compagnons Passants et Bons Drilles Couvreurs réunis, il prit la plus grande part aux discussions qui firent aboutir deux importantes revendications.

1° La fusion des caisses des villes du Tour de France par la formation d’une Mutuelle corporative générale dont Tours fut déclarée ville centrale.

2° La réunion des plombiers-zingueurs à la corporation des Compagnons couvreurs en un même rite.

Plus tard il fut un de ceux qui soutinrent et encouragèrent son oncle dans la création des Groupes Fraternels des Compagnons du Devoir du Tour de France sous les drapeaux, qui devaient être un nouveau lien entre les jeunes Compagnons soldats dans une même ville et qui, sans ce groupement fraternel, auraient pu s’ignorer, au lieu de bénéficier d’une solidarité bien comprise. Lui-même en fonda une section à Angers qui n’eut que quelques réunions, la guerre qui nous l’a enlevé étant survenue.

Mais il pensait aussi à l’avenir du Compagnonnage et était de ce fait un chaud partisan d’une Fédération Compagnonnique et intercompagnonnique destinée à encourager et à soutenir les petites sociétés.

Le Soldat. Appelé par la mobilisation, Alfred BONVOUS, caporal au 169e d’infanterie fut blessé une première fois le 26 septembre 1915, en Champagne.

Enfin, à Verdun, dans une attaque au Bois de Vaux-Chapitre, Angevin Cœur de France tombait pour sa Patrie, frappé en plein front, vers 5 heures du matin, le 18 juillet 1916 ; il avait 28 ans !

Le Bienfaiteur. Malgré son jeune âge Alfred BONVOUS était un homme de caractère qui ne craignait pas la mort, mais déjà pensait qu’il pouvait disparaître et prenait des dispositions testamentaires devant assurer après lui la continuation de son œuvre compagnonnique et l’avenir social du Compagnonnage.

Dans ce but, il fait un don de 2000 francs à la Caisse des Veuves, Orphelins et Mutilés de la guerre de sa corporation ; un autre don de 1000 francs afin d’aider, après la guerre, à la constitution d’un Congrès des Corporations du Devoir. Ce congrès ayant pour but de fédérer les corporations du Devoir.

Et c’est le C. Lejault, de Tours, trésorier général de la Société de Compagnons Passants Bons Drilles Couvreurs Zingueurs Plombiers, qui est chargé de l’exécution de ses dernières volontés.

Voilà l’homme de cœur, l’ouvrier d’élite, la vrai Compagnon dans toute l’acceptation du terme, dans toute la noblesse du titre qui vient de disparaître.

Le Compagnonnage vient de faire en lui une perte cruelle mais de tels hommes d’élite ne disparaissent pas entièrement, leur souvenir, l’exemple qu’ils ont laissé ne peuvent périr, ils ont semé le bon grain dans la bonne terre, la moisson sera riche.

Alfred BONVOUS d’Angers, dit Angevin Cœur de France, restera pour les jeunes un modèle d’abnégation et de dévouement sincères à la cause compagnonnique à laquelle il s’était entièrement consacré.

Dans le Livre d’Or de notre Devoir son nom sera pour les générations successives un immortel souvenir où elles puiseront dans l’exemple : la virilité qui fait les hommes de cœur.

 
BON (Mathurin)

C. P. Couvreur, de la cayenne de Paris.

 Citation à l’ordre de la Division « Alf. BONVOUS, bon caporal, brave, courageux, le 18 juillet 1916 s’est élancé courageusement en avant à l’attaque par surprise d’un point d’appui occupé par l’ennemi, a été grièvement frappé au cours de l’attaque. »

 Le 10 Août 1916.

Le Général Riberpray

(128e Division).

 L’arrivée du chef-d’œuvre à l’hôtel de ville de Tours en 1931  

Mis en ligne le : 28/05/2016
 

 

Un étonnant tonnelet de contrebandier donné au musée

Un étonnant tonnelet de contrebandier donné au musée

Mme Maryse CHATELAIN vient de remettre au musée un singulier tonnelet dont les petites dimensions ne permettent pas de se rendre compte de sa difficulté d’exécution. En effet, il n’est long que de 17, 5 cm, d’un diamètre de 10 cm au bouge (la partie bombée centrale) et de 7,5 cm aux cercles des fonds. Apparemment ce tonnelet n’est pas un récipient que l’on peut remplir, car il ne comporte pas de fonds.

C’est une sorte de cylindre, de gros rond de serviette, dont l’intérieur, au centre, est bombé et les extrémités évasées. Et pourtant, il s’agit bien d’un contenant car il est composé de 10 douelles (les planchettes) convexes (à l’extérieur) et concaves (à l’intérieur), soigneusement taillées en biseau selon un angle précis sur toute leur longueur, pour former un cercle puis assemblées par une sorte d’encoche en V à leur extrémité. Le tout est cerclé pour que les douelles ne se disjoignent pas.




Le compagnon tonnelier-doleur du Devoir Eric FOURTHON, Bordelais Noble Coeur, nous a expliqué la construction de ce fût, qu’il a lui-même réalisé comme travail de réception.
« Il s'agit d'un double fût. Deux fûts, un concave et l'autre convexe, sont liés par leurs têtes afin de former un espace creux entre eux. Il existe différentes méthodes pour le réaliser:
- Assemblage de deux fûts distincts assemblés par rognage ;
- Assemblage de douelles individuelles par le peigne (haut de la douelle), puis jointées. L'assemblage est ensuite monté en fût. Si la technique est maîtrisée, il est très difficile de voir l'endroit où se joigne les douelles concaves et convexes. Il s'agit là de la méthode utilisée pour notre petit tonnelet. »
Voici le schéma des coupes et assemblages des douelles.



Le tonnelet du musée est percé au centre et à l’extrémité d’une douelle : on peut donc remplir le fût par un orifice et le vider par un autre. On appelle cet objet un « tonnelet trompeur » ou « de contrebandier ».

Il s’agit d’un tour de force, une sorte de chef-d’œuvre que d’habiles ouvriers ou compagnons tonneliers ont parfois réalisé. On en connaît un autre au musée du Compagnonnage, confectionné par le compagnon Victor PATRICE, Angoumois l’Ami des Arts. Il en existe un autre au musée du Vieux Chinon (Carroi des Arts), un au musée d’Annecy (Haute-Savoie) et quelques autres dans des collections privées.

Celui que vient de remettre au musée Mme CHATELAIN provient de la famille de son mari. Il était issu d’une famille de charrons de Souvigny-en-Sologne (Loir-et-Cher), dont l’un des membres, au XIXe siècle, a peut-être fait fabriquer cet objet de curiosité par un tonnelier de sa commune, ou se l’est fait offrir.

Merci à Mme Maryse CHATELAIN et au compagnon Eric FOURTHON pour ce don et ces informations techniques.

Cet objet est visible dans la section « Tonneliers-doleurs » de la grande salle du musée.

Mis en ligne le : 28/05/2016

L’environnement du musée évolue !

L’environnement du musée évolue !

Depuis trois mois, les engins de démolition sont à l’œuvre en haut de la rue Nationale. Des deux côtés de la rue, les commerces construits dans les années 1950 commencent à disparaître et feront place dans quelques mois à de nouvelles boutiques et des hôtels.

C’est une page qui se tourne pour le musée du Compagnonnage. La passerelle d’accès en béton, construite vers 1970 en remplacement d’une structure en bois, a été démolie en février. Puis, courant mai, c’est la boutique du musée, aménagée en 2004, qui a disparu sous les coups d’un godet de pelleteuse et d’une pince-déchiqueteuse.

 

Le musée demeure ouvert durant ces travaux. Seul l’accès est modifié puisqu’il s’effectue par le parvis de l’église Saint-Julien et la cour, jusqu’à l’accueil installé dans les anciens ateliers pédagogique (salle Roger-Lecotté).
Rappel : l’adresse postale est désormais 1, square Prosper-Mérimée.

On ne peut s’empêcher, devant les vues du chantier de réaménagement de la rue Nationale, de faire un parallèle avec celle des destructions de juin 1940. La photo qui suit nous a été confiée par M. Michel LEPROUST. Elle nous montre les amas de gravats autour de l’église Saint-Julien. A l’arrière-plan, on distingue les bâtiments de l’ancienne abbaye où sera aménagé le musée du Compagnonnage en 1968.

 

La rue Nationale et l'Eglise St-Julien en juin 1940

Mis en ligne le 28/05/2016

Le Chili n'oublie pas le compagnon Victor Auclair

Le Chili n'oublie pas le compagnon Victor Auclair

En 2009, Laurence DEBOWSKI, responsable de la médiathèque de Commentry (Allier) et Francine PERRIN, étudiante en architecture, étaient venues donner une conférence sur Victor Auclair, compagnon charpentier du Devoir de Liberté et architecte au Chili (voir les Fragments d’histoire du Compagnonnage n° 12 et le catalogue de l’exposition « Victor Auclair (1866-1928) ; sur les pas d’un architecte français au Chili ».

Depuis, grâce aux dons des descendants de Victor Auclair, la médiathèque de Commentry s’est enrichie de nombreux documents sur les techniques de construction antisismique en béton armé, mises au point par ce compagnon, dit Bourbonnais l’Enfant du Génie.

Récemment, Rodrigo Booth, chercheur en architecture au Chili, est venu étudier ces archives pour mener à bien sa thèse sur l’histoire culturelle du béton armé. Le journal La Montagne a rendu compte de sa venue à Commentry.
http://www.lamontagne.fr/wf/telechargement/pdf/JgIKKzteLiF8YhM
OcENASRRQFyUbRTosYjloTEsTAV0BFWdSExFpHxoOGE4OCBtuVUlT
UUlRbw--/mt-montlucon-20160220.pdf

Rappelons que le musée du Compagnonnage conserve l’épure complexe d’une flèche octogone réalisée par le jeune Victor Auclair, lorsqu’il suivait à Romanèche les cours de trait de Pierre-François Guillon.

 

L'histoire du café Breton – suite et fin

L'histoire du café Breton – suite et fin

Lors des deux précédents épisodes, nous avons vu que le café Breton avait été fondé au milieu du XIXe siècle par un compagnon doleur nommé Nicolas Toussaint BRETON. Il fut repris par son gendre Ferdinand LEGEAY, compagnon tonnelier-doleur, qui en fit le siège de plusieurs sociétés compagnonniques, son épouse étant Mère des cordonniers, tisseurs, tonneliers, serruriers, menuisiers et charrons. Puis, après 1920, il céda successivement le fonds à deux autres compagnons tonneliers, les frères GOURRAUD, dont les épouses prirent le titre de Mère.
L’ancienne Mère, Mme LEGEAY décède en 1929. Son mari est toujours propriétaire des murs de l’hôtel et des locaux annexes. En mars 1932 il cède le fonds à un compagnon sellier du Devoir nommé Gustave CHENET. Pour la première fois ce n’est plus un tonnelier qui exploite le café Breton.

Gustave CHENET est né aux Hermites (Indre-et-Loire) le 24 juin 1888. Il a été bourrelier à Chouzy-sur-Cisse (Loir-et-Cher) et a été reçu tardivement compagnon, le 18 juin 1931 à Tours (il avait 43 ans), sous le nom de Tourangeau Va de Bon Coeur.
Lorsque le couple s’installe au café Breton, Mme CHENET devient Mère des compagnons cités ci-dessus, puis des bourreliers-selliers, qui étaient jusqu’alors place de Châteauneuf, chez les frères DEROCHE, à la Croix-Blanche. Suivent dans les années 1935-1936 les compagnons maréchaux-ferrants, les charpentiers, les couvreurs et plâtriers, qui étaient aussi à la Croix-Blanche. Les compagnons boulangers s’installent enfin en 1936 chez Mme CHENET, après avoir quitté Mme JOYEUX, rue de la Serpe. Tous les compagnons du Devoir sont désormais au café Breton.

Le 1er septembre 1932 et le 8 février 1933, Ferdinand LEGEAY donne à l’Alliance compagnonnique tourangelle ses immeubles de la place des Halles, au 9 (locaux annexes) et au 13 (le café-hôtel-restaurant). Les compagnons du Devoir deviennent propriétaires de leur siège et le sont demeurés jusqu’à aujourd’hui. F. LEGEAY décède le 18 novembre 1940.

La guerre passée, en 1947, les époux CHENET cèdent le fonds à un autre compagnon sellier. Il s’agit d’André ONDET, l’ancien apprenti de Gustave CHENET à Chouzy-sur-Cisse. Né en 1897, il a été reçu compagnon à Paris en 1924 sous le nom de Blois Va de Bon Cœur. Il a épousé Alice COCHET, la fille du Père et de la Mère des compagnons selliers de Paris.
Mme ONDET devient la Mère des compagnons du Devoir de Tours et avec son mari ils tiennent le café Breton jusqu’en décembre 1955. Puis le couple CHENET en reprend la gestion jusqu’en 1962, année du décès de Mme CHENET. Gustave CHENET est alors âgé de 74 ans et son fils André lui donne la main. Il sera reçu compagnon cuisinier des Devoirs Unis (à l’Union Compagnonnique), à Tours, le 3 octobre 1964, sous le nom de Tourangeau Va de Bon Cœur. Le café Breton restait ainsi tenu par un compagnon.

André CHENET exploitera l’établissement jusqu’en 1977. Entre temps, l’Association ouvrière des compagnons du Devoir et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment avaient acquis leurs propres sièges, rue Littré et rue de la Serpe. Le café Breton n’était plus celui des compagnons du Devoir...

 
Madame ONDET à l'Ascension 1948


Madame CHENET et les compagnons du Devoir devant le café Breton en 1961

Changement d'adresse postale

Changement d'adresse postale

À compter du 1er février l’adresse postale du musée devient :
1, square Prosper-Mérimée.
Merci de la noter sur vos carnets d’adresses.

Le courrier adressé à l’ancienne adresse, 8, rue Nationale, sera réexpédié par la Poste mais il est préférable d’utiliser celle-ci.
Cette modification résulte des travaux de réaménagement du haut de la rue Nationale.

L'histoire du Café Breton, siège des Compagnons du Devoir suite...

L'histoire du Café Breton, siège des Compagnons du Devoir suite...

Dans la première partie de cette histoire, nous avons vu que le café Breton avait été fondé au milieu du XIXe siècle par un compagnon doleur nommé Nicolas Toussaint BRETON dit Blois la Prudence (1819-1897). Son gendre, Ferdinand LEGEAY, dit Manceau la Belle Conduite (1857-1840) perd son épouse en 1889. Deux ans plus tard, le 2 février 1891, il se remarie avec Marie PASGE (Pasgé).

Les époux LEGEAY bénéficient à l’aube du XXe siècle d’un emplacement idéal, devant les halles de Tours. L’établissement n’est pas qu’un café, c’est aussi un restaurant et un hôtel pourvu de dépendances au n° 9, avec des remises et des écuries. Et des caves renommées, considérées comme parmi les plus riches en vieux crus tourangeaux !

Le café Breton est attractif. Presque tous les compagnons de différentes corporations, jusqu’alors dispersées, vont progressivement y établir leur siège.

Les premiers sont les cordonniers-bottiers. Ils quittent leur Mère du 11, rue de la Serpe (Mme CRITEAU) et s’installent au café Breton en 1895. Mme LEGEAY devient leur Mère. En 1902, c’est au tour des tonneliers-doleurs, qui étaient en face, au 6, place Saint-Clément (place des Halles), chez Mme RICHE. En 1903, les menuisiers quittent leur siège du 5, rue Victor-Hugo. Tout comme les serruriers, qui étaient 6, place Saint-Clément. En 1905, ce sont les compagnons tisseurs-ferrandiniers qui partent du 32, quai Saint-Symphorien (Paul-Bert) pour venir chez le Père et la Mère Legeay.

Enfin, en 1908 est fondée l’Alliance compagnonnique tourangelle, pour fédérer les compagnons du Devoir, créer une société protectrice d’apprentis et aménager un musée compagnonnique. Tout naturellement l’Alliance fixe son siège au 13, place des Halles.
Pour le moment, les charpentiers, les couvreurs, les charrons, les maréchaux, les bourreliers et les boulangers ont des sièges indépendants (rue Colbert, de la Grosse-Tour, Ragueneau, place de la Croix-Blanche, rue du Commerce et de la Serpe).

Après la Grande Guerre, les époux Legeay estiment qu’il est temps de prendre un peu de repos. Ils sont âgés de 63 et 60 ans. Et en 1920, c’est encore un compagnon tonnelier-doleur qui leur succède. Qui plus est, on reste en famille puisqu’il a épousé la nièce de la Mère LEGEAY. Il se nomme Georges GOURRAUD. Né en 1889 à Rochecorbon (37), il a été reçu compagnon à Tours, à la St-Jean 1908 sous le nom de Tourangeau l’Amitié. Mme Rose-Marie GOURRAUD devient la Mère des compagnons précités. Hélas, le café Breton n’est pas tenu bien longtemps par les époux GOURRAUD puisque Georges décède en septembre 1921 des suites de maladie contractée durant la Grande Guerre. Il n’était âgé que de 32 ans.

Et c’est un quatrième compagnon tonnelier-doleur qui lui succède. A nouveau, la cession du fonds s’opère en famille puisqu’il s’agit de Philippe GOURRAUD, frère du précédent Père des compagnons. Né en 1885 à Saint-Symphorien, Philippe GOURRAUD a été reçu à Tours, à la St-Jean 1904, sous le nom de Tourangeau Va Sans Crainte. Son épouse Yvonne prend aussitôt le titre de Mère des compagnons du Devoir (tonneliers, cordonniers, menuisiers, serruriers, tisseurs). A la Ste-Catherine 1922 les compagnons charrons viennent aussi s’établir chez elle.

Le couple tient l’établissement jusqu’en 1932 et le fonds est ensuite repris par les époux CHENET.

Une autre période débute alors, qui sera contée dans la prochaine lettre d’information…
   

Le Café Breton en 1920



Mme GOURRAUD à gauche et Mme LEGEAY à droite

Le musée rouvre le mercredi 16 décembre

Le musée rouvre le mercredi 16 décembre

Après deux mois de fermeture pour travaux, le musée rouvre ses portes au public le mercredi 16 décembre.

L’accès n’a plus lieu au 8, rue Nationale mais un peu plus bas, devant le parvis de l’église Saint-Julien puis par la cour. L’accueil, la billetterie et la boutique ont été réaménagés au rez-de-chaussée.
Le public accède ensuite aux collections de l’étage par un escalier.

Pour déposer du courrier ou effectuer des livraisons, il est désormais nécessaire d’emprunter l’impasse au nord du parking Prosper-Mérimée, le long des immeubles. La boîte aux lettres située sous les terrasses sera prochainement inaccessible.

Nous sommes conscients des contraintes entraînées par ces aménagements qui demeureront jusqu’à la fin des travaux de démolition et de reconstruction du haut de la rue Nationale. Merci de votre compréhension.

L'histoire du Café Breton, siège des Compagnons du Devoir

L'histoire du Café Breton, siège des Compagnons du Devoir

Tous les Tourangeaux connaissent le café Breton, alias hôtel Saint-Jean, au 13, place des Halles. Le bâtiment est toujours propriété de l’Alliance compagnonnique Jacques-Soubise, dont les locaux sont à deux pas, au numéro 9. 

Mais connaît-on l’histoire de cet établissement dans ses relations avec le Compagnonnage ? En voici les grandes lignes. C’est aussi une véritable saga de tonneliers…

 1 - LA NAISSANCE DU "CAFE BRETON"

Et d'abord, pourquoi "café Breton" et hôtel "Saint-Jean" ? Certains pensent que c'est une allusion au "breton" (ou "berton", comme disaient les vieux Tourangeaux). Le breton est le vin issu du cépage cabernet franc, celui qui produit notamment le chinon et que Rabelais citait dans Gargantua (chapitre III) : "J'entends de ce bon vin breton, lequel ne croît en Bretagne, mais en ce bon pays de Verron." Et du "berton", il en a coulé dans les murs du 13, place des Halles ! Mais il n'en est rien car le café Breton doit son nom à son fondateur, dont nous allons conter l'histoire plus loin. Quand à l'enseigne "Saint-Jean", il s'agit d'une dédicace au patron des tonneliers, saint Jean-Baptiste, lequel, selon eux, aurait été décapité avec une doloire, la lourde hache dont ils se servaient pour façonner les douelles de leurs fûts.

L’histoire débute à Saint-Arnoult (Loir-et-Cher), le 29 octobre 1819. Ce jour-là, François BRETON, un cultivateur, et Madeleine LOUIS, son épouse, déclarent la naissance de leur fils Nicolas Toussaint. Ce garçon sera reçu compagnon doleur (tonnelier) à Cognac en 1847 sous le nom de Blois la Prudence. Il s'établit à Tours au milieu du XIXe siècle, au 11, rue des Fossés-Saint-Clément.

Le 21 février 1854 il épouse Louise MAGDELAINE, née à Saint-Germain-du-Val (Sarthe), le 27 avril 1822. Elle est la fille d’un couple de cultivateurs alors établis à Bazouge (Sarthe) et elle travaille comme gagiste (employée) à Paris.

Le numéro 11 de la rue des Fossés Saint-Clément doit à peu près correspondre à l’emplacement de l’actuel café Breton. Son adresse est un peu fluctuante (au 11, au 19), mais en 1882 la famille Breton est bien établie au n° 13 de la place Saint-Clément créée à partir de la rue élargie. C’est l’actuelle place des Halles. 

Toussaint Breton est un tonnelier et comme beaucoup d’autres, il est aussi marchand de vins et tient un comptoir. Les affaires marchent bien. La famille s’agrandit.

La première fille du couple, Marie Louise, née en 1859, se marie le 28 novembre 1882 à… un tonnelier nommé Jean-Pierre TERTRAIN. Lui aussi était un compagnon, né à Beaumont-la-Ronce (37) en 1858 et reçu à Beaune en 1878 sous le nom de Tourangeau le Coeur Sincère. Leur fils Georges, né en 1890, sera également reçu compagnon tonnelier-doleur en 1910 sous le nom de Tourangeau le Bien Estimé.

La seconde fille, Joséphine Léontine, est née en 1862. Le 1er juin 1886 elle épouse Ferdinand LEGEAY. C'est encore un compagnon tonnelier, né à Saint-Vincent-du-Lorouër (Sarthe) en 1857 et reçu compagnon en 1883 sous le nom de Manceau la Bonne Conduite. 

Leur union est de courte durée puisque Joséphine meurt le 1er juillet 1889. Ferdinand LEGEAY est entre-temps devenu le gérant ou le propriétaire du café-restaurant de son beau-père. Ce dernier l’avait développé et en avait fait un hôtel pourvu de remises et d’écuries, car le quartier était devenu le centre du commerce de gros depuis la construction des halles en 1866.

Le 2 février 1891 Ferdinand LEGEAY se remarie avec Marie PASGE (Pasgé), une cuisinière née à Betz-le-Château en 1860. Elle est veuve d’un machiniste des chemins de fer, depuis 1887.

Quant au fondateur du café-restaurant, Toussaint BRETON, il décède le 21 septembre 1897. Devenu « rentier » selon l’acte de décès, il s’était retiré des affaires et vivait rue Eugène-Suë.

Avec le nouveau siècle commence l’histoire du siège des compagnons du Devoir et de la Mère LEGEAY. 

A découvrir le mois prochain...

                               

 La Mère et le Père LEGEAY

La stèle des Compagnons a été déposée

La stèle des Compagnons a été déposée

En prévision de la démolition du haut de la rue Nationale, la stèle honorant les compagnons de Touraine morts en 1914-1918 a été déposée début novembre.

Cette grande plaque à décor patriotique est en stuc (plâtre mélangé avec de la poudre de pierre et de la chaux, mêlée de fibres assurant la tenue de l’ensemble après séchage). Elle a été confectionnée vers 1926 pour la Fédération Compagnonnique de Touraine. Cette association aujourd’hui éteinte avait été fondée au sortir de la Grande Guerre pour rassembler les différents métiers et sociétés compagnonniques (celles du Devoir, du Devoir de Liberté et de l’Union Compagnonnique). Y sont écrits les noms de 94 compagnons boulangers, bourreliers, charpentiers, charrons, couvreurs, maréchaux, menuisiers, plâtriers, sabotiers, tisseurs et tonneliers.

Elle avait été installée en 1926 au musée des beaux-arts, dans les locaux du « musée compagnonnique » alors aménagé en ce lieu. Elle fut inaugurée le dimanche 13 juin 1926 en présence de 250 compagnons et des personnalités locales. Lorsque le musée du Compagnonnage fut réinstallé dans l’ancienne abbaye Saint-Julien, cette stèle fut descellée et placée vers 1972 le long du mur, sous la terrasse qui fait face à l’entrée du musée.

Chaque année, les services municipaux la fleurissent.

Avant qu’elle retrouve un nouvel emplacement, une photographie de cette stèle aux compagnons tombés durant la Grande Guerre a été apposée sur le mur du musée, côté cour, près de la future entrée.

Mis en ligne le : 30/11/2015

Le musée ferme pour quelques semaines à partir du 19 octobre

Le musée ferme pour quelques semaines à partir du 19 octobre

Les travaux de réaménagement du haut de la rue Nationale vont entraîner la démolition de l'accès visiteurs et de la boutique.
Afin de permettre l'aménagement des locaux du rez-de-chaussée et un nouvel accès, le musée fermera en octobre et novembre. Nous vous tiendrons informés de la date précise de réouverture.

Mis en ligne le : 29/09/2015

1915 : Un regard sur l'apprentissage …

1915 : Un regard sur l'apprentissage …

Le bouleversement de la Grande Guerre a déclenché chez les compagnons la nette prise de conscience qu’ils étaient en train de passer d’un monde à un autre. L’après-guerre était anticipée comme l’époque où il faudrait réformer en profondeur leurs institutions, sous peine de disparaître.

Ainsi, dans la Revue des groupes fraternels des compagnons sous les drapeaux, publiée en novembre-décembre 1915, un correspondant signant E. DRAGEL, L’Ami des Arts, fait part de ses réflexions sur « La Question de l’apprentissage ». Ses propos sont à peu près ceux que l’on entend aujourd’hui encore…

Voici de larges extraits de son texte :

« Tout le monde, du moins ceux qui s’intéressent au travail et aux travailleurs, l’a dit son mot, donné son avis, préconisé un remède à cette crise de l’apprentissage qui ne fait de doute pour personne.
Il restait pourtant quelque chose d’oublié puisque nous n’avons pas encore entendu dire que la question de l’éducation familiale de l’enfant pouvait jouer un certain rôle dans cette question qui nous préoccupe à si juste titre ; il nous semble pourtant qu’elle a son importance !
De suite reconnaissons-le, beaucoup de parents, aussi bien à la ville qu’à la campagne, n’aspirent plus qu’à faire de leur fils le continuateur perfectionné de leur œuvre.
Non ! ce fut trop dur ! ils ont trop souffert, eux ; leur enfant verra du meilleur temps ! (…)
Ils se saigneront plutôt aux quatre veines mais il aura une instruction théorique qu’eux n’ont jamais connue. (…)

L’atelier paternel, d’où pourtant sont sortis des travaux très appréciés, bah ! quelle blague ! vieilles méthodes ! Plus ça. Parlez-moi de la grrrande usine ! là on y trouve des ouvriers conscients, etc., ma place est là et pas ailleurs !!! dit-il.
Alors le brave homme de père, quoique inquiet, va chercher parmi ses relations le piston qui fera entrer son jeune homme dans la fameuse usine ; ce sera très facile, et voilà le fils d’un artisan hors ligne qui, lui, a produit autrefois un chef-d’œuvre avant d’être maître ouvrier, devenu l’accessoire d’une belle machine ! 
Mais cette machine il n’à la conduire ( ?) que huit ou neuf heures par jour seulement, pas comme chez le père où les journées sont plus longues !
Lui, au moins, il est un homme libre après cette journée terminée ; il va bien s’enfermer au café comme c’est son droit. N’a-t-il pas fait sa production ? (…)

Ca ne fait pas toujours plaisir au père, - ça lui coûte cher aussi – mais maman ne préfère-t-elle pas voir son dodo comme cela, que le savoir sur une route du Tour de France, le pauvre chéri !
Parlez donc à ce jeune homme de solidarité quand il fait sa manille, il vous répondra : « je paie mes cotisations au syndicat, c’est le Bureau que ça regarde ».
Ne lui parlez pas du Compagnonnage, de son organisation mutualiste, de ses bienfaits. Non ! Vieillerie ça ! C’était bon pour les vieux ; il est lui de la nouvelle Ecole ! (…)

Encore une chose : n’avons-nous pas tous vu dans les ateliers des gamins répondre insolemment à l’observation très justifiée d’un bon ouvrier ; celui-ci a-t-il osé donner la gifle bien méritée qui aurait peut-être relevé l’enfant du péché de paresse, vite le père accourt : « Je défends que l’on touche à mon enfant, il est ici pour apprendre à travailler ( ?) et non pour être martyrisé, etc. » (…)
Reconnaissons que dans le temps passé, il y a eu des abus, quelquefois de la tyrannie dans la manière de faire les apprentis ; notre époque tombe dans l’exagération contraire. (…)

Allons, Parents ! n’attendez pas tout des organisations compagnonniques, ouvrières ou officielles.
Votre rôle commence plus tôt, il est à la maison : c’est vous qui, dès l’enfance, devez inculquer à vos futurs continuateurs le goût des belles choses, l’obéissance, le respect aux ouvriers d’art et cette idée qu’ils ne doivent pas être simplement des machines à production intensive, mais de bons ouvriers, s’ils ne peuvent pas être tous des artistes. »

  Apprenti serrurier et son formateur en 1919

 Apprentis autour d'une machine à emporte-pièce en 1919

A gauche : Apprentissage du limage d'une soudure en 1919

Mis en ligne le : 01/10/2015

Zoom sur ... les objets en bois détouré

Zoom sur ... les objets en bois détouré

Ces objets en bois finement découpés comme de la dentelle, étaient très à la mode dans les années 1880-1910. Des artisans spécialisés confectionnaient ainsi des porte-courrier, des cadres, des cache-pots, des boîtes et toutes sortes d’objets décoratifs.
Le musée renferme plusieurs pièces de cette nature exposées dans la section des « Violons d’Ingres ». On y remarque notamment la tour Eiffel réalisée par Paul MARCHAIS vers 1889. Ce menuisier de Souvigné (Indre-et-Loire) était le fils d’un compagnon menuisier du Devoir. On le voit sur la photo (2e à partir de la gauche), avec ses ouvriers, « arrosant » l’achèvement de la maquette…

Plusieurs autres pièces ont été confectionnées par le compagnon serrurier du Devoir Léopold HABERT (Loches, 1857 – Beaulieu-lès-Loches, 1939). Il est connu pour sa fameuse grille miniature, réalisée durant 14 années, mais il était aussi habile à travailler le bois.

C’est lui qui réalisa le « chalet des chats », avec toutes ses petites portes et fenêtres ouvrant sur un mobilier miniature stupéfiant de précision. Selon la même technique de détourage, il fabriqua aussi un voilier, un « tramway à liqueurs », une locomotive et son tender, une machine-outil, le marteau-pilon du Creusot. On lui doit aussi une grande cage à oiseaux dont les deux côtés opposés représentent la façade de l’hôtel de ville de Tours (là où il vécut, rue des Halles, installé quincailler) et celle de la mairie du Xe arrondissement de Paris, où il se maria.

Le détourage s’effectuait à l’aide d’une scie sauteuse. Mais point d’électricité pour l’actionner en 1900 ! C’était une lame montée sur deux planchettes entre lesquelles était placé un gros ressort : il suffisait de presser celle du dessus pour provoquer le mouvement vertical de la lame et faire le tour du dessin porté sur une surface de quelques millimètres d’épaisseur.

Les industriels mirent aussi sur le marché des « découpeuses » analogues aux machines à coudre des couturières et des bourreliers (voir les deux gravures). La scie était actionnée par une pédale qui entraînait une série de poulies et de courroies. La maison parisienne Amédée MAQUAIRE diffusait auprès de ses clients des patrons pour qu’ils puissent fabriquer des objets décoratifs ou utilitaires (merci à M. CHAPHEAU, de Tours, d’avoir donné au musée deux de ces documents datés de 1885).

    

Machine à découper et détourage à la machine

 La Tour Eiffel de Paul MARCHAIS

A gauche : détail du "tramway à liqueur" de Léopold HABERT

Mis en ligne le : 30/07/2015

Un livret d'ouvrier… jardinier

Un livret d'ouvrier… jardinier

Voilà un document qui devrait intéresser les compagnons jardiniers-paysagistes du Devoir. Ces derniers ont été intégrés en 2004 à l’Association ouvrière des compagnons du Devoir, parrainés par les compagnons maçons du Devoir.
Ils n’étaient pas les premiers puisque des compagnons de ce métier ont été reçus à l’Union Compagnonnique après 1890, mais sans constituer un corps de métier autonome.
En fait, il y eut toujours des ouvriers jardiniers qui voyageaient, accomplissaient une sorte de tour de France pour se perfectionner dans leur métier et mûrir par le voyage en rencontrant d’autres hommes. A preuve, ce livret d’ouvrier jardinier récemment offert au musée par M. Pierre LANSMANT, d’Embrun (Hautes-Alpes).

Le livret d’ouvrier, institué en 1803 pour contrôler les déplacements d’ouvriers sur le territoire français, cessa d’être obligatoire en 1890. Mais les livrets vierges conservés en mairie servirent longtemps encore de certificats de travail. Ce ne sont pas des documents attestant que leur possesseur était un compagnon du tour de France ; en revanche, tout compagnon devait s’en munir sous peine d’être conduit au poste !

Notre jardinier, le grand-père de M. LANSMANT, se nommait Florimond REIGNOUX. Né le 18 avril 1883 à Azay-le-Ferron (Indre) il voyagea à partir de l’âge de 17 ans, de 1900 à 1911 ! Voici les étapes de son « tour de France ».

Il débute sa carrière comme « aide jardinier » à La Boussée, à Azay-le-Ferron, le 28 mai 1900 et en sort « libre de tout engagement » exactement un an plus tard.
Du 29 mai  au 8 décembre 1901, il travaille chez M. Rousseau-Bordes à Tours, au Varmois.
Le 11 décembre, le voilà embauché comme « garçon jardinier » au château de Jouy-le-Moutier (Val d’Oise). Il en sort le 24 avril 1902 et son employeur se montre « satisfait de lui sous tous les rapports ».

Le 26 avril il est embauché chez le jardinier Moutet, à Garges-lès-Gonesse (Seine-et-Oise), « ayant à s’occuper des fleurs, serres et potager ». Son patron ajoute qu’il le « quitte pour cause de décès » le 16 septembre.
Mais dès le 18 septembre, il est embauché à Gisors (Eure), chez l’horticulteur Ropiquet. Il y demeure jusqu’au 5 avril 1903. Son patron le regrette car il mentionne sur le livret : « Pendant son séjour chez moi je n’ai jamais eu à me plaindre de son travail, de sa conduite ; je le reconnais comme honnête garçon et un bon travailleur. »
Il se rend ensuite à Paris, chez un horticulteur nommé Hervé, 31, rue Leblanc, du 6 avril  au 14 juin 1903. Là encore, il a droit aux compliments de son employeur : « Je suis très content de lui comme ouvrage et comme honnêteté ».
Puis le voilà à Bourg-la-Reine, dans l’actuel département des Hauts-de-Seine. Il entre au service du jardinier Boullet le 16 juin 1903 et en sort le 13 décembre. Il rentre à Azay-le-Ferron pour les fêtes de Noël, du 15 décembre au 15 janvier.

L’hiver ne l’empêche pas de retrouver du travail, puisqu’il gagne Lyon, où l’horticulteur E. Schmitt l’embauche du 20 janvier au 22 mars 1904. De Lyon à la Suisse, il n’y a qu’un pas que franchit Florimond Reignoux pour offrir ses services chez les horticulteurs Vachioux, Duval et fils à Carouge, près de Genève. Il y travaille deux semaines, du 30 mars au 13 avril puis est embauché à Passugg, en Suisse alémanique, chez deux patrons différents, du 15 avril au 11 mai et du 12 mai 1905 au 15 septembre 1906.
Retour en France en septembre. Le voici à présent à Nice, chez Gayiet, horticulteur-fleuriste. Il y reste du 21 septembre au 3 décembre et rentre à nouveau au pays. Il y trouve un emploi de jardinier à Azay-le-Ferron, au château de la Brellandière, du 6 janvier 1907 au 27 août 1908. Le propriétaire note qu’il « est sorti exempt de tout reproche, m’ayant satisfait par son travail ».

La dernière page de son livret nous apprend que du 1er septembre 1908 au 1er août 1911 Florimond Reignoux a travaillé chez M. Hersent à Boulogne (vraisemblablement Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine).
Il s’établira ensuite à son compte à Sarcelles, au nord de Paris, puis finira ses jours en Touraine, à Saint-Avertin.

Récapitulons : notre jardinier voyage du 28 mai 1900 au 1er août 1911, soit durant 11 ans et 2 mois. Il est employé chez 13 patrons différents, des horticulteurs et quelques propriétaires de châteaux. Ses déplacements le conduisent d’Azay-le-Ferron en région parisienne et dans l’Eure, puis à Lyon, en Suisse, à Nice, à Azay-le-Ferron et à nouveau en région parisienne. Un beau parcours professionnel ! Florimond le jardinier devait tout savoir sur les graines, les fleurs et les fruits !

 Extrait du livret d'ouvrier de Florimond REIGNOUX

Mis en ligne le : 30/07/2015

« Le Pain dans la Grande Guerre » évoqué à Noirmoutier

« Le Pain dans la Grande Guerre » évoqué à Noirmoutier

L’exposition « Le Pain dans la Grande Guerre », présentée l’an dernier par le musée et le Centre de Recherches sur la Boulangerie et ses Compagnonnages (CREBESC), continue de susciter l’intérêt. C’est ainsi que l’association « Les Amis de l’Ile de Noirmoutier » (Vendée) vient de consacrer dans son bulletin de juin un intéressant dossier intitulé « Le pain à Noirmoutier dans la Grande Guerre ». Il s’appuie sur le catalogue de l’exposition et sur le livre de Louis TROUSSIER : « 1914-1918, la guerre vue de Noirmoutier », réédité en novembre dernier, pour évoquer les tensions locales dues au manque de farines. En effet, l’île est largement tributaire des minoteries de Vendée intérieure et de Loire-Atlantique, et le rationnement se fait durement ressentir. Le maire décide d’organiser tant bien que mal la répartition des farines auprès des boulangers qui subsistent.

Voici un extrait de cet article : « 3 août 1914. Presque tous nos patrons boulangers sont mobilisés comme leurs ouvriers. Immédiatement, ils ont dit à leur clientèle : « Nos femmes sont incapables de continuer notre commerce sans nous. Nous fermons boutique. » Les autres, les rares qui restaient, sont alors venus à la mairie, et, un télégramme à la main, ils ont déclaré : « Nos minotiers nous refusent tout crédit. Avec les longs délais que nous sommes obligés de consentir à une partie de nos clients, il nous est impossible de payer notre farine au comptant. Nous aussi nous allons fermer boutique. » Dans ces conditions, notre secrétaire ne voit d’autre moyen d’alimenter l’île que de substituer la commune aux boulangers, mobilisés ou réduits à l’impuissance, et de vivre sur le pays. La commune requerrait les blés chez le producteur, les ferait moudre chez les meuniers, puis transformer en pain dans les boulangeries qu’elle gérerait à la place des boulangers absents ou défaillants ; le concours des minoteries du continent ne pouvant nous être assuré, il faudrait arriver à se passer d’elles. »

La revue (8 €) est disponible en écrivant à : marietheresereed@free.fr

 

Mis en ligne le : 30/06/2015

Il y a cent ans :

Il y a cent ans : "Après la guerre, il ne faudra pas simplement des paroles..."

Voici des extraits d’un article publié en septembre 1915 dans le numéro 2 de la Revue des Groupes fraternels des Compagnons du Devoir sous les drapeaux. On prend conscience à travers ces quelques lignes, du sentiment que leurs auteurs éprouvaient à l’endroit de leurs associations : celles de sociétés vieillissantes, manquant de dynamisme, faisant passer le décorum avant l’essentiel, dépourvues de militants, enfermées dans un corporatisme étroit. Constat sévère que seule la guerre a permis de publier, car la teneur des articles parus dans les journaux compagnonniques avant 1914 étaient plus modérés. Après 1918, les compagnons sauront s’inspirer de ces lignes pour rénover leurs institutions.

« Après la guerre le Compagnonnage du Devoir aura besoin de concentration générale, soit par l’intercompagnonnique, soit par une fédération ; que ce soit l’une ou l’autre, ou l’une et l’autre agencées, c’est toujours la prospérité du Devoir qui sera le grand but de tous. (…) Un Tour de France à réviser, un Devoir avec de grandes portes et de larges fenêtres où, sans distinction de corps d’état, un Compagnon du Devoir trouve dans n’importe quelle ville : embauche, crédit, gîte. La lutte devra se faire sans répit contre des sièges corporatifs où l’alcoolisme est encouragé par l’embauche accordée de droit à l’aspirant ou compagnon qui prend le plus d’apéritifs chez certains Pères bistros.

Il nous faudra des sièges compagnonniques modernes, confortables, basés au besoin sur les données de consommation coopérative. Pour cela il faudra encore une entente compagnonnique pécuniaire. (…) Peut-on supposer que dès qu’il sera question de réformes, les corporations du Devoir, au lieu d’y travailler courageusement, préféreront clouer à la porte du temple cette pancarte rationnelle : Fermé à tout progrès par nécessité… ?

Pour s’unir après la guerre, il ne faudra pas simplement des paroles, des cortèges bannières déployées, couleurs flottantes, ni chefs-d’œuvre portés comme autant d’ostensoirs pontifiants sur des brancards à crépines d’or. (…)
Que de fois nos gens « jeunes reçus » se sont demandés s’ils n’étaient pas des dupes ; aux fêtes corporatives ou autres, les tables sont toujours garnies d’adhérents,  à ces fêtes se succédant des lendemains à longs mois où nos sièges corporatifs sont déserts… (…)

Nos bureaux corporatifs devront être attribués à des militants. Il faudra des militants pour assurer à nos Compagnons du Devoir mutilés des emplois professionnels. Il faudra des militants pour parler au cœur des Compagnons du Devoir, qui après la guerre voudront rester paisibles. (…)

Aussi, vous ! chers Compagnons aux Armées dans vos tranchées, dans vos dépôts, discutez entre vous de ces différents problèmes. Le temps que vous avez de disponible ne sera pas du temps perdu. Nous acquerrons ainsi dans vos échanges de vues une force comme vous obtenez dans vos épreuves journalières. La ténacité, elle nous sera nécessaire après la guerre pour lutter contre cet égoïsme que nul n’ignore et qu’il faudra abattre pour faire un Devoir libéral et solidaire dont vous serez les libérateurs. »

 « La lutte devra se faire contre des sièges où l’alcoolisme est encouragé… »

A gauche : « Il ne faudra pas simplement des cortèges bannières déployées, couleurs flottantes… »

Mis en ligne le : 30/05/2015

Le pain dans la Grande Guerre à Agen

Le pain dans la Grande Guerre à Agen

L’exposition « Le Pain dans la Grande Guerre » poursuit son tour de France. Présentée d’abord à Exoudun (79) en juin, puis au musée du Compagnonnage l’été dernier, à Nouméa et dans les Pyrénées-Atlantiques en fin d’année, la voici à présent en Lot-et-Garonne. Réalisée conjointement par le musée et le Centre de Recherche sur la boulangerie et ses compagnonnages (CREBESC), l’exposition sera visible à Agen (47), aux archives départementales, 3, place de Verdun, du 8 juin au 31 juillet (du lundi au jeudi de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h ; le vendredi jusqu’à 16 h). Entrée libre.

Une trentaine de panneaux illustrés évoquent la place centrale du pain, cet aliment pacifique et de partage, durant la première guerre mondiale et au sein de toutes les armées.

Le catalogue de cette exposition est toujours disponible au prix de 3,50 €. Pour en savoir plus cliquez ici

Mis en ligne le : 30/05/2015

Un nouveau chef-d'oeuvre : le

Un nouveau chef-d'oeuvre : le "sac nénuphar"

L’Association ouvrière des Compagnons du Devoir vient de déposer au musée un travail de réception particulièrement original ! Il s’agit d’un sac à main de femme, en forme de nénuphar. Une fois tirées les fermetures à glissières, les 8 côtés du sac s’ouvrent comme des pétales et découvrent un fond de satin jaune. Cette pièce repose sur une « feuille » de cuir.

Ce beau travail de réception est l’œuvre de Barbara MICHET, reçue compagnon maroquinier du Devoir le 25 septembre 2010 à Paris, sous le nom d’Aunis Cœur Loyal.
C’est le premier chef-d’œuvre d’une femme compagnon présenté au musée. L’Association ouvrière des compagnons du Devoir est en effet un compagnonnage mixte depuis 2004.

Merci au compagnon maroquinier Basque la Bonne Conduite d’avoir pris l’initiative du dépôt de cette pièce, qui sera admirée de tous.

 Le sac nénuphar

Mis en ligne le : 29/04/2015

Le champ de conduite de Tourangeau la Sagesse

Le champ de conduite de Tourangeau la Sagesse

Grâce à la famille de M. Henri THEVENIN (1907-1997), le musée s’est enrichi d’un splendide dessin aquarellé peint en 1838. Il s’agit d’un « champ de conduite » réalisé par le peintre Auguste LEMOINE pour Tourangeau la Sagesse dit le Soutien des Bons Drilles , compagnon passant couvreur reçu à Tours à l’Ascension 1836. Ce type de tableau était destiné au compagnon qui rentrait dans ses foyers à la fin de son tour de France, comme souvenir des bons moments passés avec ses « coteries ». Au premier plan, le cortège des compagnons forme la « conduite » et s’accomplit le rituel d’adieu au « partant ». A l’arrière-plan se trouve une vue des quais de Bordeaux et des monuments de la ville tandis que des navires flottent sur la Gironde. De multiples petites scènes de la vie d’alors ont été peintes par Lemoine et donnent un caractère pittoresque et documentaire à la composition.

Ici, c’est une élégante sur un âne s’abrite du soleil sous une ombrelle, là, un chiffonnier, un crochet à la main, qui cherche à remplir sa hotte, plus loin un porteur d’eau sert à boire à un passant, ailleurs des fiacres circulent. La vie des quais est restituée : des maçons portent une grosse pierre sur un brancard, un déchargeur un gros sac sur son dos, un autre personnage roule un fût, deux autres conduisent une chaise à porteur. Le peintre ne manquait pas non plus d’humour : une petite scène nous montre un élégant de l’Ancien Régime empoussiéré par une balayeuse. Et Auguste Lemoine ne manque pas de railler les compagnons boulangers surnommés alors les « soi-disant de la raclette » : un compagnon s’apprête ainsi à rosser avec une canne démesurée un renard voleur de poule… lequel bouscule un mitron qui renverse tous les pains de sa hotte ! Le renard, c’est le faux compagnon et en ce temps-là, les boulangers étaient considérés comme tels.

Merci à M. et Mme MARTINAUD-THEVENIN pour le don de ce très beau document, que l’on découvrira dans la première salle du musée.

Mis en ligne le : 29/04/2015

 

Plus de 17 700 noms de compagnons en ligne !

Plus de 17 700 noms de compagnons en ligne !

La base de noms de compagnons continue à s’enrichir journellement et, depuis 3 mois, 3800 notices nouvelles ont été créées. Comme nous l’indiquions dans la lettre d’information de février, ces notices comportent des rubriques incomplètes qui attendent vos contributions. N’hésitez pas à nous signaler des inexactitudes relatives à l’état civil d’un compagnon ou d’une Mère. Voici en outre quelques conseils pour faciliter votre recherche.

Ces notices ont été établies à partir de documents manuscrits et d’articles de journaux compagnonniques. Les typographes se fiaient aux écrits qu’on leur remettait, même si l’orthographe des noms était malmenée. Lors d’une recherche, vous ne trouverez donc pas forcément la notice d’un compagnon si vous saisissez la bonne orthographe de son nom (exemple : LEFEBVRE pour LEFEVRE, MORIN pour MAURIN, ARNAUD pour ARNAULT, etc.) Si vous connaissez le métier du compagnon, il est donc conseillé de faire une recherche par ce biais (saisir « Métier », sans indiquer de nom, puis faire défiler les noms classés alphabétiquement). Ce sera un peu plus rapide et fiable. Et si la personne recherchée n’apparaît pas, c’est qu’il n’était pas compagnon ou bien que sa notice n’est pas encore créée.


Cette base dépassera les 25 000 noms à la fin de cette année, et il en restera beaucoup d’autres à ajouter. Nous remercions vivement  les nombreux descendants de compagnons qui nous ont déjà communiqué des photos numérisées de leur aïeul et des informations complémentaires. Un grand merci également aux compagnons Bordelais la Constance, Christophe le Champagne, Picard la Fidélité et Provençal la Fidélité, pour leur contribution considérable à l’enrichissement de cette base.

 Conférence intercompagnonnique du 25 septembre 1921

A gauche : Etienne DUPOUY, Landais la Clef des Coeurs

Mis en ligne le : 29/04/2015

Le musée au Arts et Métiers d'Angers

Le musée au Arts et Métiers d'Angers

L’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers d’Angers (ENSAM) célèbre cette année le bicentenaire de sa fondation. Une exposition y est organisée et le musée du Compagnonnage s’y associe en prêtant 6 modèles réduits différents de machines à vapeur. Ces maquettes, reproduction très fidèles ou créations de modèles nouveaux, ont été réalisées à la fin du XIXe et au début du XXe siècle par des élèves mécaniciens en fin d’apprentissage, dans les chemins de fer ou les écoles professionnelles. Elles témoignent d’un haut niveau de qualification.

Par ailleurs, René VERSTRAETE exposera sa collection de compas, comme il l’avait fait au musée du Compagnonnage en 2010 (« Le Compas dans l’œil »). Les dix kakémonos explicatifs illustrés seront à nouveau présentés. Ils permettront de découvrir la variété des formes et des fonctions de cet outil, ainsi que sa dimension symbolique.

L’exposition est ouverte du 1er mai au 31 octobre, du mercredi au dimanche, de 14 h à 18 h, à l’abbatiale du Ronceray, à Angers, quartier de la Doutre (Maine-et-Loire).

Mis en ligne le : 29/04/2015

La section

La section "Histoire" rénovée

Dans la première salle, la section « Histoire du Compagnonnage » n’avait pas subi de transformation depuis 1975. Elle était devenue peu compréhensible et les documents présentés s’étaient altérés avec le temps. De plus, elle s’arrêtait à la fin du XIXe siècle alors que l’institution s’est profondément transformée depuis lors.

Dès la première quinzaine d’avril, une présentation nouvelle sera offerte au public. Composée de 9 panneaux 80 x 120 cm, elle permettra aux visiteurs de suivre chronologiquement l’évolution du Compagnonnage : Les origines ; L’émergence historique aux XVe-XVIe ; Le Compagnonnage au XVIIe siècle ; L’expansion du Compagnonnage au XVIIIe siècle ; Essor et tensions jusqu’en 1850 ; Perdiguier et les réformateurs du Compagnonnage ; La résistance au déclin (1850-1914) ; Les conséquences de la Grande Guerre (1914-1939) ; Le renouveau du Compagnonnage de 1941 à nos jours.

Ces panneaux sont illustrés, leur lecture est aisée et ils sont accompagnés d’un résumé en anglais pour les visiteurs étrangers.
Ils sont placés sur des fonds colorés et l’espace est plus vaste autour d’eux  car il ne comprend plus de vitrines-tables.

Leur contenu tient compte des dernières avancées dans la connaissance du Compagnonnage et des évolutions récentes du mouvement, telles que la mixité de son recrutement ou sa reconnaissance en 2010 par l’UNESCO au titre de patrimoine culturel immatériel.

               

Mis en ligne le : 31/03/2015          

1915 : « Après 1870 ! … après… demain ? »

1915 : « Après 1870 ! … après… demain ? »

Dès les premiers mois de la guerre, les compagnons du Devoir se préoccupèrent de ce que deviendraient leurs sociétés lorsque la paix serait revenue. Ils avaient conscience que la guerre marquait la fin d’une époque et qu’il faudrait réformer le Compagnonnage sous peine de décliner et de disparaître.

Les propos qui suivent expriment bien ce constat. Ils sont exprimés par le compagnon tourneur du Devoir Emile BAUDET, Saintonge le Soutien du Devoir (1869-1948), établi à Saint-Jean-d’Angély (Charente-Maritime). Ils ont été publiés dans la Revue des Groupes fraternels des Compagnons du Devoir sous les Drapeaux en septembre 1915.

E. BAUDET fixe à 1848 le début du déclin du Compagnonnage, qui se voit concurrencé par l’essor d’une multitude de sociétés de secours mutuels offrant aux ouvriers des avantages sociaux équivalents à ceux des Devoirs.
En 1867, un compagnon tourneur  de La Rochelle nommé MEUSNIER lança l’idée d’un projet d’hôtel des Invalides pour les vieux compagnons. A la même époque, les idées d’Agricol PERDIGUIER et de Frédéric ESCOLLE faisaient leur chemin pour réformer les compagnonnages et tendre vers une plus grande fraternité entre les sociétés. « Tout était donc prêt, écrit E. BAUDET, pour le grand but à réaliser : la vraie chaîne d’alliance des compagnons de tous les Devoirs réunis dans une même pensée d’Amitié, de Fraternité et d’Humanité. »

Puis il explique que cet élan fut brisé par la guerre de 1870 : « La guerre de 1870 éclata, chacun fit son devoir, on luttait et on mourait pour la Patrie. Toutes les espérances sociales du Compagnonnage s’effondrèrent à la suite de cette guerre. Une nouvelle évolution industrielle allait compléter le désastre : le machinisme avec toutes les conséquences professionnelles qu’il entraîne. »

Suivit la naissance de la Fédération compagnonnique de tous les Devoirs réunis, en 1874, à l’initiative de Lucien BLANC. Mais, selon E. BAUDET, cette création n’enraya pas le déclin et aboutit à la division du Compagnonnage : « Cette Fédération des Devoirs unis, au lieu de soutenir les corporations du Devoir, voulut créer un compagnonnage nouveau taillé de toutes pièces sur des ruines : un compagnonnage sans Rite composé de tous rites. » Emile BAUDET évoque ici la création de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis en 1889.

Il poursuit en remarquant que le projet de MEUSNIER finit tout de même par se concrétiser partiellement, puisqu’à l’initiative des compagnons du Devoir qui n’avaient pas rejoint l’Union Compagnonnique, furent crées des caisses de retraite sous l’égide du Ralliement.

Le compagnonnage du Devoir remontait la pente et prévoyait d’organiser un congrès en 1914, en vue d’unifier toutes les sociétés du Devoir, en conservant leurs traditions respectives, différentes selon les métiers.

Et il ajoute : « La guerre de 1914 vint et continue ! » mettant fin une nouvelle fois aux projets en cours. Et de s’interroger : « Que ferons-nous après demain : retomberons-nous dans les fautes du passé à vouloir vivre seules corporations du Devoir ? Corporations qui s’éteignent et qui voudraient vivre. Citons un exemple, celle des tourneurs : pourquoi ne pas élargir la porte qui est si étroite, l’élargir pour laisser passage aux tourneurs sur chaises, sur bois, aux sculpteurs ? pourquoi, corporations des forgerons et serruriers (…) refuser la vie à des corporations sœurs qui voudraient vivre côte à côte avec vous, telles celles des mécaniciens, ajusteurs, etc. ? Tout cela, c’est l’après demain. Les Compagnons du Devoir auront-ils le cœur assez haut, assez ferme, pour le vouloir ? »

Emile BAUDET ne fut pas le seul à vouloir élargir le recrutement à des métiers similaires aux anciennes corporations du Devoir. Et après-guerre, son appel fut en partie entendu, puisque les serruriers d’un côté, les maréchaux d’un autre, reçurent des mécaniciens ajusteurs et des mécaniciens agricoles, tandis que les compagnons bourreliers admirent dans leurs rangs des selliers-garnisseurs pour l’automobile. Pour leur part, les compagnons boulangers intégrèrent le métier de pâtissier en 1939.

Ce mouvement d’élargissement aux « parties similaires » s’amplifia encore après 1945, mais ceci est une autre histoire… Retenons de tout cela que durant la Grande Guerre les compagnons ont eu conscience qu’elle marquait une rupture et qu’il fallait anticiper l’avenir pour assurer la pérennité de leurs associations.

 Ouvriers mécaniciens vers 1920 

Mis en ligne le : 31/03/2015

 

1915 : La citation du charpentier LOBLIGEOIS

1915 : La citation du charpentier LOBLIGEOIS

Même pendant la guerre l'humour gardait sa place... Le récit qui va suivre est-il authentique ? Lobligeois, Bourguignon l'Ami des Arts, a-t-il existé ? on l'ignore. Mais l'histoire de sa citation plaisait bien aux compagnons puisqu'il a d'abord été publié dans la Revue des Groupes fraternels sous les drapeaux puis, en 1926, dans Les Muses du Tour de France. Ecrit par un ami des compagnons, il nous apprend donc en quelles circonstances le compagnon charpentier Constant LOBLIGEOIS reçut ses médailles... En voici des extraits.
 
"Après la prise du Moulin Malon, en 1915, à Souchez, le caporal de zouaves Constant Lobligeois fut évacué, criblé de blessures, sur un poste de secours, où il reçut la visite de son général, qui lui donna même l'accolade. Bientôt après, on lui notifia sa citation à l'ordre du jour de l'armée :
"Caporal Lobligeois Constant, gradé d'un courage à toute épreuve. Au combat du 31 mai, sa compagnie étant assaillie de projectiles comme elle sortait des tranchées, a voulu rester debout, malgré le commandement de : Couchez vous ! deux fois réitéré par son capitaine. A une troisième injonction, a conservé la même attitude sous les balles et s'est adossé contre un arbre, refusant toujours de s'asseoir, quoique percé de cinq blessures, donnant ainsi à ses camarades l'exemple d'un sang-froid et d'un mépris du danger dignes des plus grands éloges. Croix de guerre avec attribution de la Médaille militaire."
 
Après avoir séjourné dans divers hôpitaux, ce soldat de légende fut mis en réforme et retourna dans ses foyers, où il reprit tout simplement et tout tranquillement son ancien état de charpentier. (...)
 
Un certain soir de liesse, Lobligeois et cinq compagnons charpentiers mangeaient dans une auberge, où ils venaient de remplir confortablement leur devant de gilet. Ils fêtaient la Saint-Joseph, où un aspirant était passé compagnon, qu'ils appelaient le "renard", selon l'ancienne coutume, avec des airs de protection et une tyrannie tout à fait drôles. (...)
 
- Pour clôturer la "faim" du bonde, dit le grand Lobligeois, qui pratiquait le calembour, on devrait pomper une bouteille cachetée. Qui c'est qui a des fonds ?
- Moi, balbutia le renard, je paierai deux bouteilles s'il faut, trois bouteilles...
- Hein ! s'écria Lobligeois enthousiaste, cet enfant-là n'est pas scieur de long ! il fera un bon drille ! (...)
- Oui, un drille comme vous ! Monsieur Lobligeois, racontez-nous l'histoire de votre médaille militaire, et je payerai une quatrième bouteille... et même cinq !
Les vieux charpentiers hochaient la tête de droite à gauche : - Ce renard-là a du fond, dirent-ils. Cinq bouteilles ! Oui, Lobligeois, raconte-nous l'histoire de ta citation.
 
J'étais dans l'arrière-salle. Je vis Lobligeois écarter les bouteilles de sa vue, comme des choses sans valeur désormais, les bouteilles étant vides ; mais il voulait de l'air, car il était légèrement empaffé.
 
- Je vous dirai donc, mes amis, que nous étions comme ça, devant Souchez. Tout le monde en demandait. Alors notre capitaine crie : "En avant !" et la compagnie décambute de la tranchée. Comme de bien entendu, dit Lobligeois, qui parlait bien lorsqu'il s'en donnait la peine, voilà qu'une grêle de projectiles nous pète à la gargamelle. C'est un fait constant (prénommé Constant, il mettait le mot à toutes les sauces) qu'en ces cas-là il faut se garder à carreau. On cavalait au pas de gym. Le capitaine commande ; "Couchez-vous !" Ah bien ! paf, paf, paf, paf, je reçois quatre balles dans le garde-manger. Le capitaine crie encore : "A plat ventre donc ! à plat ventre !" De quoi ? Constant Lobligeois tomber à plat ventre comme une rainette ? Fanny, des radis ! Et je reste debout,  comme c'est là-dessus, dans la citation !
 
Qu'il était beau, le grand Lobligeois, debout comme à la bataille, debout comme s'il y était, debout et percé de balles, tel un guerrier de l'antiquité !
 
- Oui, continua Lobligeois, en brave homme qu'il était, j'ai resté debout, parce que je ne pouvais pas me baisser, sans faire un malheur : j'avais là-dedans, fit-il en tapant ses poches, deux litres de vin à trois francs qui n'avaient pas de bouchon.
 
Les compagnons sourirent, ils avaient compris l'explication de Lobligeois, Bourguignon l'Ami des Arts, comme des gens qui s'y connaissaient en vraie bravoure et en bons vins."

 Charpentiers militaires

Mis en ligne le : 28/02/2015

Le pain dans la Grande Guerre : en Serbie aussi

Le pain dans la Grande Guerre : en Serbie aussi

L’an dernier, le musée a été en contact avec M. Dimitrije VUJADINOVIC, directeur de la Fondation interrégionale BALKANKULT (culture balkanique), qui préparait aussi une exposition sur « Le Pain dans la Grande Guerre ». Celle-ci, constituée de 21 panneaux illustrés de documents photographiques, a mentionné dans tous ses documents de communication le concours du musée du Compagnonnage et un écran permettait de visionner une partie des photos de l’exposition de Tours co-réalisée avec le CREBESC (Centre de Recherche et d’Etudes sur la Boulangerie Et Ses Compagnonnages).

Dans le compte rendu, M. VUJADINOVIC mentionne « deux vidéos, l’une montrant un documentaire sur une boulangerie anglaise sur le front, et l’autre montrant une sélection des panneaux de l’exposition « Le Pain dans la Grande Guerre », présentée au musée du Compagnonnage (France) (…) La qualité de l’exposition a été grandement favorisée par la coopération établie avec le Musée de la culture du pain (M. Andrea Fadini) et le Musée du Compagnonnage (M. Laurent Bastard). »

L’exposition de la fondation BALKANKULT a été présentée à Belgrade du 24 septembre au 8 octobre, à la galerie de la Maison de Djurajaksic ; à Vrdnik les 5 et 6 novembre, lors des 19e Journées de la Meunerie ; à Pirot du 14 au 28 novembre, lors des Journées du Pain au Ponisavlje Museum ; à Novisad du 15 au 18 décembre, à la Maison du Gouvernement régional de la région autonome de Vojvodina. Elle a donné lieu à des conférences, une soirée littéraire autour du pain et de la guerre, des tables rondes sur le rôle apotropaïque du pain et le pain dans l’armée et des dégustations de pain.

  

Pour découvrir les panneaux de cette exposition, cliquez ici
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Mis en ligne le : 27/02/2015

1915 : « Le temps de Mai » par Abel BOYER

1915 : « Le temps de Mai » par Abel BOYER

Durant la Grande Guerre, beaucoup de combattants ont cherché à s’évader des douleurs du quotidien par l’écriture. Les compagnons qui avaient des talents de poète ont repris la plume entre deux attaques. Le maréchal-ferrant Abel BOYER, Périgord Cœur Loyal (1882-1959) était l’un d’eux.

En mai 1915, à Tauxières-Mutry (Marne), il compose ce poème où il exprime le contraste entre le printemps qui renaît et la guerre toujours présente : le bruit des canons étouffe le chant des oiseaux et les paysans ont déserté les champs pour combattre. Mais l’Espérance subsiste… Le poème fut publié dans la Revue des groupes fraternels d’octobre 1915, sous la rubrique « Les Muses aux Champs de Mars ».

LE TEMPS DE MAI

Par le temps de Mai que la terre est belle
Les prés sont fleuris, les taillis sont verts
Au seuil des maisons couve l’hirondelle
De belles moissons les champs sont couverts
De partout surgit et renaît la vie
Il n’est bruit que d’ailes et que de chansons
Mais, dans le lointain, grondent les canons
A d’autres pensers leur voix nous convie.

Par les matins clairs quand le soleil dore
Les coteaux chargés de fleurs, de miel
Montent les parfums que jette l’aurore
Et que la terre offre à son tour au ciel.
Les frêles muguets agitent leurs cloches
Sur les ruisselets aux sons argentins
Qui font en courant tourner des moulins
Et vont se perdant au milieu des roches.

Par les chauds midis à travers la plaine
Le vieux laboureur guide ses bœufs lents
Au creux des sillons il jette la graine
Mais du geste las de ses bras tremblant
Pourquoi ne voit-on, menant la charrue
Comme l’an passé, de robuste gars ?
C’est qu’ils sont partis combattre là-bas
Le pillard teuton qui sur nous se rue.

Jolis soirs de Mai, soirs aux mille étoiles
Soirs timbrés d’argent par les angelus
Jolis soirs sur qui la nuit tend ses voiles
Combien d’entre nous ne vous verront plus.
Mais au temps de Mai fleurit l’espérance
Et son doux soleil sèche bien des pleurs
Comme la rosée qu’il boit sur les fleurs
Il boit notre sang pour sauver la France.

Tauxières-Mutry, mai 1915
Abel BOYER,
Périgord, Cœur Loyal

 Soldats ravitaillés en pain par le boulanger Fresson, à Reims (Marne), malgré le bombardement de sa boutique.

Mis en ligne le : 30/01/2015

« Le pain dans la Grande Guerre » en Pays Basque

« Le pain dans la Grande Guerre » en Pays Basque

L’exposition « Le Pain dans la Grande Guerre », conçue par le CREBESC et le musée du Compagnonnage, a été présentée l’été dernier. Elle poursuit son tour de France. Après Saint-Quentin-du-Dropt et Castillonnès (47), Bourail (Nouvelle-Calédonie), Bayonne et Biarritz, elle a été accueillie à Anglet (64). Le Souvenir français et le compagnon boulanger Alain Boucherès ont organisé cette présentation du 26 au 30 janvier, à la Maison pour tous, en favorisant notamment la visite des scolaires. Prochaine étape : Agen.

Mis en ligne le : 30/01/2015

Retour sur l'exposition

Retour sur l'exposition

La revue Dokumente / Documents, revue du dialogue franco-allemand, a consacré un article de 4 pages dans son numéro 4 de 2014, à l'exposition "Le Pain dans la Grande Guerre" présentée l'été dernier avec le concours du CREBESC (Centre de recherche et d'étude sur la boulangerie et ses compagnonnages).
 
M. Gérard FOUSSIER, rédacteur en chef de Dokumente / Documents et président du Bureau International de Liaison et de Documentation (B.I.L. D.) a vu l'exposition et a été intéressé par le regard qui y était porté sur les combattants. Il a apprécié l'absence de point de vue franco-français. En effet, c'est le pain et l'homme qui étaient avant tout au coeur de l'exposition, au-delà des uniformes et des nations. La fabrication du pain, son besoin, sa présence sur de multiples documents du côté des Alliés comme des combattants allemands, ont été évoqués objectivement, alors même que la propagande française faisait du pain blanc celui d'un peuple civilisé, et du pain noir, le fameux "K.K.", un pain de barbares.
 
M. FOUSSIER écrit notamment que "La comparaison avec les traditions culinaires allemandes est également au centre de cette exposition itinérante, qui a été également présentée en Bosnie dans une boulangerie française de Sarajevo, cent ans après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche, qui a déclenché la première guerre mondiale du 20e siècle. Une version anglaise est en préparation pour être présentée en Nouvelle-Zélande en 2015. Une version allemande n'est pas exclue. Dans un décor de silhouettes de combattants complétée par une tranchée reconstituée, les pains ronds des soldats sont empilés autour d'un four roulant, coulisses saisissantes qui accompagnent quelque 200 documents d'époque, des journaux, des cartes postales, des affiches et des photos, mais aussi une bonne trentaine de panneaux expliquant dans le détail par exemple que les armées avaient l'obligation de nourrir des milliers de prisonniers (allemands en France, français et russes en Allemagne) malgré la réduction des rations alimentaires."
 
La revue Dokumente / Documents, fondée en 1945 et éditée à Bonn, renferme toujours de bons articles de fond qui sont destinés aux Allemands comme aux Français, pour leur permettre de mieux connaître leur histoire, leurs traditions, leurs institutions politiques... Le numéro 4 est consacré aux préjugés (Vorurteile) des nations des deux côtés du Rhin. Des préjugés qui ont été entretenus durant la Grande Guerre. Même à propos du pain...
 
Rappelons qu'une brochure grand format en couleurs a été éditée à l'occasion de l'exposition "Le Pain dans la Grande Guerre", où sont reproduits les 33 panneaux et 4 kakémonos présentés dans la salle capitulaire du 15 juillet au 14 septembre dernier. Elle est toujours disponible au prix de 3,50 €.

Pour en savoir plus sur la brochure, cliquez ici.

  Extraits de la revue Dokumente / Documents

Mis en ligne le : 27/12/2014

1915 : Que deviendront les compagnons mutilés de guerre ?

1915 : Que deviendront les compagnons mutilés de guerre ?

La Revue des Groupes fraternels sous les drapeaux renferme des articles qui montrent que les compagnons n’ont cessé de réfléchir à l’avenir de leurs institutions après la guerre. Cette revue, animée par le compagnon couvreur Auguste BONVOUS de 1915 à 1919, a été le creuset de ce que sera le Compagnonnage des 20 années qui ont suivi l’armistice.

Dans le numéro d’octobre 1915, son frère, Alfred BONVOUS, se penche sur « Les mutilés et orphelins et nos écoles professionnelles ». Voici un extrait de son article :

« A côté de ceux qui sont partis il y a ceux qui restent. Si nous devons honorer et glorifier les premiers, aux seconds nous devons notre dévouement, notre appui, notre aide.

Ces derniers, nous pouvons les diviser en trois catégories : les mutilés, les inaptes, les orphelins.

Tous les mutilés seront obligés par suite de la perte d’un membre, de s’adonner s’ils le peuvent à une autre profession ; déjà, dans beaucoup de villes, des groupements s’occupent d’eux. Nous pourrions peut-être entrer en relation avec ceux-ci pour tâcher de trouver aux nôtres, malheureusement dans ce cas, une position se rapprochant de leur métier ou en dépendant, afin de permettre à ces braves de regarder l’avenir sans frayeur.

Quant aux inaptes ne pouvant plus reprendre leur métier par suite de leurs blessures, il faudra qu’ils cherchent d’un autre côté leur gagne-pain. Dans nos écoles certains métiers stables peuvent se présenter à eux : bourrellerie, cordonnerie, tournage, etc. Probablement en suivant nos cours, pourrions-nous les instruire et les placer.

Pour ces deux catégories, certains pourraient certainement prendre des places de professeur dans les écoles corporatives. La classe ouvrière aura perdu assez de brillants ouvriers, d’artistes pour mieux dire, et devra songer à ne pas perdre complétement le patrimoine de sciences des temps passés et qui, malheureusement, commençait à disparaître.

Aux derniers, aux orphelins, nous devons servir de pères à ces pauvres petits. A Lyon, notre école avait organisé pour leur apprentissage une méthode assez juste. Il faudra l’étendre le plus possible pour les fils de ceux qui furent nos Frères et sont tombés pour nous. C’était un exemple, c’est un commencement.

A tous, nos sociétés doivent leurs plus grandes pensées. »

Et ils furent nombreux, les compagnons mutilés qui ne purent reprendre leur métier une fois démobilisés : le charpentier Marcel PELLUCHON, Saintonge la Fermeté (1892-1984), qui perdit un bras ; le boulanger Charles BARDON, Parisien la Clef des Cœurs, dont un éclat d’obus chemina des années durant pour atteindre le cœur en 1940 ; le tonnelier Georges GOURRAUD, de Tours, qui mourut à 32 ans des suites d’une maladie contractée durant la guerre ; le tisseur Pétrus SALICHON, Forézien Plein de Zèle, mort en 1925 pour la même raison ; le tisseur Alfred HUTEAU, Tourangeau le Vigilant, mort en 1932 des suites de mutilations mal soignées ; le charpentier Camille MICHON, mort en 1927 des suites de fièvres contractées en Orient…  Plusieurs d’entre eux avaient pris un petit commerce ou un café-restaurant, mais ne pouvaient plus exercer le métier qu’ils avaient appris…

Mis en ligne le : 27/12/2014

1915 : « Une veillée à la tranchée » par E. MARTIN SAINT-LEON

1915 : « Une veillée à la tranchée » par E. MARTIN SAINT-LEON

Voici un nouveau document sur le Compagnonnage durant la Grande Guerre. Il s’agit d’un texte d’Etienne Martin Saint-Léon (1860-1934), avocat et conservateur du Musée social, auteur du livre Le Compagnonnage, son histoire, ses règlements et ses rites paru en 1901 et toujours édité, tant il est riche d’informations sur cette institution. Martin Saint-Léon était lieutenant durant la guerre et il publia le texte qui suit (dont seuls des extraits sont reproduits ci-dessous) dans la Revue des Groupes fraternels sous les drapeaux, n° 1 d’août 1915. Cette revue, publiée jusqu’en janvier 1919, a servi d’organe de liaison entre les compagnons de toutes sociétés et a ouvert ses colonnes à des rédacteurs non-compagnons. On constate que Martin Saint-Léon était revenu sur ses écrits de 1901, où il estimait que le Compagnonnage était sur le point de s’éteindre. Au contraire, il devait préparer son avenir et celui du monde ouvrier.

« Mes Chers Amis,
Vers la fin de novembre dernier, un lieutenant du… régiment de réserve entrait à la tête de sa section dans une tranchée de 1ère ligne située à 800 mètres de l’ennemi et s’acquittait de ses obligations militaires : prise des consignes, pose des sentinelles, relève des postes aux écoutes, etc. Il était nuit noire. (…) Notre lieutenant (un vieux qui a dépassé largement la cinquantaine) pénètre dans son poste souterrain de commandement où le suit son ordonnance ; il s’assied contre le mur en terre sur des couvertures, on déballe les provisions et on partage un dîner frugal : sardines, bidoche froide, gruyère, un morceau de chocolat arrosé d’une lampée de vin blanc que contient le bidon brun, dépouille d’un Boche.

Mais l’officier et l’ordonnance ne sont pas seuls dans le cagibi. Préposés au service du téléphone, deux soldats sont là : l’un prêt à remplacer l’autre qui, les deux récepteurs collés aux oreilles, doit recevoir toutes les communications envoyées de l’arrière sur la ligne de feu. Le téléphoniste en ce moment de repos, regarde l’officier avec attention et finit par lui dire :
« Pardon mon lieutenant, mais je vous connais bien, je crois. N’avez-vous pas écrit sur le Compagnonnage ?
- En effet, mais comment, diable, savez-vous cela ?
- Je suis Compagnon du Tour de France… »
L’officier, c’était votre serviteur, comme le téléphoniste, c’était l’un des vôtres, le Compagnon Ravard, compagnon passant couvreur. Quel plaisir et quelle surprise de se retrouver ainsi en un tel lieu et en un tel temps, l’un membre, l’autre grand ami et admirateur de vos belles sociétés !

On ne dormit guère cette nuit-là à X…, au poste de commandement de la tranchée de Rivoli. Sous l’œil étonné de l’autre téléphoniste et de l’ordonnance, l’officier et le compagnon parlaient, parlaient. Salomon, Maître Jacques, le bon moine bénédictin Soubise, les constructeurs de cathédrales, ces artisans-artistes du Moyen-Age, les Compagnons de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, Perdiguier l’apôtre de la réconciliation, Vendôme la Clef des cœurs, le bon chansonnier, tous les ancêtres défilaient à travers notre causerie. On s’entretenait aussi du présent dont mon interlocuteur me donnait de bonnes nouvelles, on s’entretenait de l’avenir lorsqu’après la guerre, après la Revanche, il faudra faire surgir des ruines amoncelées une France plus belle encore (…).

« Une merveilleuse école de patriotisme »

Deux idées peuvent résumer notre conversation de la tranchée :
1° Le compagnonnage est une merveilleuse école de patriotisme ;
2° Après la guerre, le compagnonnage aura une grande mission sociale et morale à remplir.

Je dis d’abord que le Compagnonnage est une merveilleuse école de patriotisme.
Pourquoi ?
Parce que le Compagnonnage a toujours été l’école du Devoir. (…)
Le Compagnonnage ne dit pas : la vie, c’est un plaisir ; il dit : la vie est une épreuve. Traversée par bien des difficultés, semée de deuils, rude et rocailleuse, elle offre en revanche à l’homme de cœur cette joie suprême que procurent la fierté de soi-même et le sentiment du devoir accompli. Travaille courageusement, défends le faible, secours le malheureux, observe toujours la justice, tu n’en seras sans doute pas plus riche, ni plus puissant, mais tu auras pour toi le témoignage de ta conscience et l’estime de tous. On dira de toi : c’est vraiment un brave et honnête homme, et lorsque tu seras arrivé au terme de tes jours, tu pourras partir pour le mystérieux voyage avec le sentiment que tu as accompli ta tâche et le cœur illuminé d’une belle espérance.
C’est parce que le Compagnonnage enseigne ces choses : le Devoir, la probité, le travail, la discipline, le respect de soi et des autres, c’est pour cela qu’il a préparé de magnifiques soldats. Le Devoir hier était au chantier ou à l’atelier ; il est aujourd’hui à la tranchée, au champ de bataille. Là comme ici enfants de Salomon, de Jacques ou de Soubise, gavots, dévorants ou drilles seront toujours au premier rang.

Une grande mission morale et sociale à remplir

Cette guerre nous a prouvé en effet la nécessité d’une organisation, d’une méthode. Mais organisation et méthode ne sauraient être celles de l’ennemi : un étatisme brutal, une discipline mécanique réduisant l’homme à n’être plus qu’un automate. La formule française, c’est l’association, non pas l’association pour je ne sais quelle lutte des classes, pour la haine entre les citoyens, mais l’association fraternelle qui guide les travailleurs, qui les instruit, qui les préserve contre les risques de la vie par la mutualité, qui sauvegarde leur moralité en combattant l’alcoolisme et la débauche, qui vise à élever leur niveau intellectuel et moral.
Or, cette mission, c’est précisément celle du Compagnonnage qui, loin d’avoir achevé sa carrière, loin d’être une institution surannée, peut, au contraire, devenir l’un des facteurs principaux de la réorganisation sociale qui s’impose, l’agent puissant et bienfaisant d’une renaissance ouvrière. Après les affreuses hécatombes de 1914-15, une aurore nouvelle se lèvera pour l’Humanité. (…) Ce sera alors l’honneur du Compagnonnage de montrer à tous la route à suivre, de préparer à notre nation de grandes destinées (…). »

 Cuistots portant la soupe aux tranchées (dessin Georges LEROUX - 1915)

Mis en ligne le : 28/11/2014

En 14-18 :

En 14-18 : "Lettre du front" par Benjamin DEFOND

La « Revue des Groupes fraternels des Compagnons du Devoir sous les drapeaux » fut un organe de liaison entre les compagnons mobilisés durant la Grande Guerre. Régulièrement, nous en donnerons des extraits. Voici aujourd’hui la « Lettre du Front », signée de Benjamin DEFOND, Benjamin le Tourangeau, compagnon menuisier du Devoir, publiée en octobre 1915.

 

« LETTRE DU FRONT

Cher Compagnon Secrétaire central des Groupes Fraternels,

La triste réalité de la guerre me permet de parler de la correspondance journalière échangée avec nos jeunes Compagnons, elle va me servir de sujet.

Qu’elles sont touchantes, en effet, ces lettres de Compagnons sur le front et comme ils ont le droit d’être fiers des leurs, les Compagnons que l’âge, les infirmités ou la maladie tiennent éloignés de la lutte ! Fiers ouvriers qui ne pouvaient croire à la possibilité d’une pareille boucherie, avec quel entrain ils partirent sus à l’envahisseur. Elles seraient toutes à citer dans leur entier ces lettres qu’ils envoient depuis le début au siège central des Compagnons Menuisiers du Devoir, et je n’en doute pas, de celles que vous recevez également.

« J’ai reçu aujourd’hui le baptême du feu, nous écrivait de Belgique le Pays Charles le Carcassonne, ouragan de feu et de fer, quelle terrible chose et vais-je mourir déjà ? Non ! » disait-il, semblant répondre à une voix lointaine. Quelque temps après les bords de l’Yser lui servaient de tombeau !... Il avait fait vaillamment son devoir.

« Au plus fort de la mêlée, nous écrit un autre (et blessé), quel bonheur pour moi de rencontrer l’ami Alexis l’Angevin, brancardier divisionnaire ».

« Ma plus grande joie, écrit Deluc, fut de coudoyer dans une tranchée mon camarade du Tour de France Petitcou, Compagnon serrurier, et d’entonner à 30 mètres des boches une vieille chanson compagnonnique » ; blessé quelques instants plus tard, il repartit à peine guéri, hélas, nous ne devions plus le revoir !

Que dirai-je des rencontres à l’étape :

« Harassé, épuisé, nous écrit Floquet, j’apprends que le Régiment est ici et par la liste que vous m’avez envoyée, que le Pays Toulousain est ici, que je suis heureux de le retrouver ! »

« Soyez sans inquiétude de Marius le Blois, nous écrit Ernest le Berry, des Dardanelles, je l’ai vu à l’hôpital et ma visite lui a fait un sensible plaisir. »

C’est à l’hôpital de Limoges, d’où le jeune Compagnon Paulay écrit : « Rien n’est pour moi plus réconfortant que les visites amicales que me font les Compagnons et aux heures tragiques et douloureuses que j’ai passées, le dévouement de cette nouvelle famille me fut inestimable. »

J’abuserai de vos colonnes si je voulais emprunter des citations à toutes ces lettres venues d’un bout à l’autre du front, de la Belgique aux Vosges ; ces jeunes Compagnons nous assurent n’avoir éprouvé autant de joie qu’en ces rencontres fortuites où ils pouvaient s’épancher librement, semblant retrouver le Tour de France et revivre dans ces moments tragiques des heures dont, nous disent-ils, la valeur ne leur était jamais apparue si belle.

Que, dans toutes les corporations, les Compagnons que la mobilisation n’aura pas touchés gardent précieusement ces beaux feuillets qui ne sont certainement pas spéciaux à notre corporation et lorsque la tourmente passée, si quelqu’un d’autorisé veut les réunir, ces lettres constitueront j’en suis certain l’un des plus beaux recueils de dévouement à la Patrie et d’abnégation personnelle. »

 

Pour découvrir les notices biographiques des compagnons cités, cliquez sur l’onglet GENEALOGIE du site. Y figurent : Marius BRULE, Marius le Blois, Charles DANJEAN, Charles le Carcassonne, Benjamin DEFOND, Benjamin le Tourangeau, Anatole FLOQUET, Anatole le Berry, Alexis FRODIN, Alexis l’Angevin, Gabriel DELUC, Gabriel le Quercy, Ernest MARAST, Ernest le Berry, Joseph PAULAY, Joseph le Breton.

 

                              

A gauche : Marius BRULE, Marius le Blois, Mort pour la France le 10 octobre 1918, à 25 ans

A droite :  Charles DANJEAN, Charles le Carcassonne, Mort pour la France le 19 mars 1915, à 26 ans

En haut : Alexandre Charles MOULIN, Charles le Poitevin, Mort pour la France le 7 septembre 1914, à 22 ans

Mis en ligne le : 31/10/2014

En 14-18 : « L’Acier » par le compagnon maréchal-ferrant Abel BOYER

En 14-18 : « L’Acier » par le compagnon maréchal-ferrant Abel BOYER

Régulièrement,  nous publierons les écrits des compagnons du tour de France durant la Grande Guerre. Ils seront pour la plupart issus de la « Revue des Groupes fraternels des Compagnons du Devoir du Tour de France ». Cette publication, qui débuta en août 1915 s’acheva en décembre 1918. Elle favorisa le maintien des liens entre les compagnons mobilisés et ceux de l’arrière, mais aussi entre compagnons de diverses sociétés (du Devoir, de l’Union). Et elle prépara le Compagnonnage de l’après-guerre.

Voici aujourd’hui un écrit d’Abel BOYER, « Périgord Cœur Loyal », compagnon maréchal-ferrant du Devoir (1882-1959), publié dans le numéro d’août 1915. Il était alors au front et, bouleversé par la destruction des cathédrales du nord, il songeait pourtant déjà au relèvement du Compagnonnage après la guerre. Parce qu’il faudrait assurer la transmission du Devoir...


L’ACIER.

Il y eut l’âge de pierre, nous sommes à l’âge d’acier. L’un et l’autre âge, avec leurs intermédiaires, ont connu les grandeurs et les décadences. Le silex tailla des granits aux bords de l’Euphrate et Cambyse, qui du sien menaçait les temples d’Isis, fut broyé par la massue d’un Rhamsès.

Péniblement, nos pères avaient dressé des temples où l’art déployé puisait son inspiration dans la croyance divine. Que ce fût le temple d’Amnon, de Salomon ou de Reims, fut-il dans le passé de plus fiers témoignages du grand génie compagnonnique ? Hélas ! il est des artisans qui n’ont connu d’autre emploi de l’acier que sa valeur destructive.

 

Les Compagnons du Devoir, créateurs de monuments éteints, se sont rués comme tant d’autres sur les vandales destructeurs de leurs chefs-d’œuvre. Hélas ! combien resteront-ils après cette guerre ceux qui, des tailleurs de pierre, ont le rare privilège d’être les dépositaires de ces secrets merveilleux qui faisaient s’élancer vers le ciel ces cathédrales féériques.

Pleurons, chers Compagnons, nos merveilles perdues, ces cités flamandes par où les Compagnons étrangers venant d’Orient, en passant par l’Autriche, la Bohème, la Bavière et les bords du Rhin, égrenaient leurs chefs-d’œuvre.

 

Dans la tranchée humide, dans une vallée large et verte, sous un beau soleil qui dore les coteaux chargés de pampres, nous sommes là quelques frères qui nous rappelons le temps où jadis nous allions sur le Tour de France, créant et travaillant au soulagement de l’humanité. A l’acier destructeur, nous opposons le fer vengeur et libérateur.

Que sera demain ? Espérons que le Compagnonnage n’en sera pas désorganisé. Il faudra pourtant bien que les plus solides prêtent leur appui aux blessés. Nous ne laisserons pas agoniser des sociétés éprouvées. Il faut toujours conserver cette résolution qui nous lie à ce Devoir de transmettre aux générations futures, ce dépôt sacré qui nous échoit de siècle en siècle et dont le but est de créer des artisans délite dont la devise fut et restera : U.V.G.T. »

            Maréchaux et charrons militaires

Mis en ligne le : 30/09/2014

Août 1914 : les compagnons mobilisés

Août 1914 : les compagnons mobilisés

Comment les premiers mois de la guerre furent-ils ressentis par les compagnons du Tour de France ? Comme les presque quatre millions de mobilisés, ils firent leur devoir de soldat et ceux qui n’étaient pas mobilisés, dont les plus âgés, s’efforcèrent de conserver un minimum d’activité au sein de leur société. Mais le tour de France était interrompu, les sièges s’étaient vidés des jeunes ouvriers, les réunions, les fêtes et les réceptions avaient brusquement cessé. Seuls deux journaux continuèrent de paraître, tant bien que mal : Le Ralliement des compagnons du Devoir et, à partir d’août 1915, la Revue des groupes fraternels des Compagnons du Devoir du Tour de France sous les drapeaux, animée par le compagnon couvreur Auguste Bonvous, d’Angoulême.

Voici quelques extraits du Ralliement d’octobre 1914. La rédaction informe d’abord ses lecteurs des raisons bien compréhensibles de l’interruption de cette publication mensuelle (le dernier numéro était paru en juillet).

Puis le compagnon menuisier Auguste PATIN publie un article patriotique, qui reflète les sentiments des Français de l’époque et leur espoir d’une guerre courte, voire d’une victoire annoncée :

Patrie et Devoir

Deux mois se sont écoulés depuis le jour où fut lancé l’ordre de mobilisation. Bon nombre de nos Compagnons, collaborateurs et lecteurs, ont été appelés sous les drapeaux pour y accomplir leur devoir de bons Compagnons et de bons Français.

Tous sont partis pleins de courage et de confiance pour défendre la Patrie menacée par des barbares qui nous entraînent dans une lutte gigantesque d’où, espérons-le, nous sortirons victorieux.

Ce départ inopiné a causé à nos Compagnons, à nos Amis, nos Frères en Devoir, un dérangement plus ou moins grand dans leurs habitudes : les uns ont abandonné l’atelier, d’autres leurs commerces ; certains laissent au foyer femme et enfant. Mais qu’importent pour eux ces sacrifices ! Ils ont tenu à montrer que le nom de « Devoirant », dont ils sont fiers de porter le titre, n’est pas un vain mot.

Si les Compagnons du Devoir sont de bons Mutualistes, ils sont également de bons Patriotes ; le même sentiment les guide : combattre ardemment pour une cause qui est celle de la Liberté, car ces barbares, s’ils étaient vainqueurs, feraient de nous de malheureux esclaves.

Si nos Frères en Devoir réservistes se sont empressés de répondre à l’appel de la Nation et à remplir leurs devoirs de citoyens et de bons Français, nos jeunes Frères de l’armée active ont, dès les premiers jours, quitté joyeusement leur casernement pour se rendre sur les champs de bataille ; eux aussi ne désirent qu’une chose : celle de vaincre pour sauver la Patrie.

Que ces espoirs se réalisent donc ! Déjà nous avons une lueur d’espérance : nous entrevoyons la victoire, je veux dire, bien entendu, la victoire qui nous donnera une paix durable à la faveur de laquelle nos Sociétés pourront reprendre une nouvelle vie dans la tranquillité et l’union.

Nous formons des vœux pour que cette guerre se termine à notre avantage le plus tôt possible, afin de voir revenir nos Compagnons, nos amis, nos fils, heureux du Devoir accompli. Alors nous fêterons joyeusement leur retour en acclamant nos armées victorieuses, et porterons un toast à leurs succès aux cris répétés de : Vive la France ! »

Pour sa part, le compagnon Bonvous, animateur du Comité des Compagnons sous les drapeaux, demanda aux familles « de vouloir bien faire connaître l’adresse de leurs fils » car « le désir du Comité est d’organiser des secours aux blessés. »

Mais déjà les premiers noms des compagnons morts pour la Patrie sont connus. Ainsi, on apprend que le compagnon couvreur du Devoir Olivier DURAND, de Plessé (Loire-Atlantique) a été blessé à l’ennemi aux environs de Lunéville et ramené à Lyon où il est mort de ses blessures. Ses obsèques ont été célébrées le 22 septembre 1914, en présence d’un petit nombre de compagnons, « dont la mobilisation a éclairci les rangs ».

Beaucoup d’autres suivront, qui ne seront pas toujours publiés. Rappelons que trois semaines après le début de la guerre, le 22 août 1914, ce sont 27 000 soldats français qui disparurent en une seule journée, faisant d’elle la journée la plus meurtrière de toute l’histoire de France…

                              
Armand PATIN                                               Auguste BONVOUS

Mis en ligne le : 30/07/2014

"Le pain dans la Grande Guerre" commenté.

A partir du 15 juillet jusqu'au vendredi 12 septembre, des visites commentées de l'exposition sont organisées chaque mardi et chaque vendredi, à 15 h. Entrée libre.
 
A noter sur votre agenda, pour les prochaines semaines :

vendredi 18 juillet
mardi 22 juillet et vendredi 25 juillet
mardi 29 juillet et vendredi 1er août
mardi 5 août et vendredi 8 août
mardi 12 août et vendredi 15 août
mardi 19 août et vendredi 22 août
mardi 26 août et vendredi 29 août
mardi 2 septembre et vendredi 5 septembre
mardi 9 septembre et vendredi 12 septembre


 
Mis en ligne le : 15/07/2014

Le pain dans la Grande Guerre

Le pain dans la Grande Guerre

"Le pain dans la Grande Guerre" est l'exposition d'été présentée au musée du Compagnonnage du 1er juillet au 14 septembre 2014.

Que nous  raconte cette exposition ? A partir de près de 200 documents d’époque présentés sur 35 panneaux grand format  (118 x 84 cm) et 3 kakémonos, l’exposition évoque le pain durant la première guerre mondiale. Le pain était encore en ce début de XXe siècle l’aliment de base de la population, toutes catégories sociales confondues (par personne et par an il en était consommé 328 kg contre 58 kg aujourd’hui), aussi les armées ont-elles été confrontées à l’obligation d’en fabriquer durant plus de quatre ans pour près de  4 millions de soldats français et autant en Allemagne.  La priorité leur a été donnée lorsque les ressources en farine ont commencé à diminuer en raison du manque d’ouvriers pour ensemencer et moissonner, et du blocus alimentaire en Allemagne.

Tout ce qui concerne le pain et la boulangerie durant plus de 4 années de guerre est évoqué, à la fois de façon chronologique (avec les grandes batailles de la Marne, de Verdun, des Dardanelles, de la Somme), et de façon thématique.

Le pain des soldats : sa composition, sa fabrication (dans les « stations-magasins » et sur les zones de combats), les fours mobiles et portatifs, le ravitaillement, le biscuit de guerre. Le pain des poilus, mais aussi celui des « Boches », le fameux « pain K.K. » (Kartoffelriegsbrot : pain de guerre à la pomme de terre).

La propagande : au bon pain français, envié de l’ennemi, s’oppose l’infâme « pain K.K. », qui donne lieu à une déferlante de cartes postales, de caricatures et de chansons scatologiques, pour se moquer de l’ennemi.

Le pain des combattants venus d’ailleurs : celui des colonies françaises (africaines, indochinoises, néo-calédoniennes) et du Commonwealth (les différents peuples de l’Inde, avec leurs contraintes alimentaires d’ordre religieux). Le pain des alliés russes puis des Anglais et enfin des Américains n’est pas oublié.

Le pain des prisonniers : les Allemands en France, les Français et les Russes en Allemagne. Les armées ont l’obligation de nourrir des milliers de prisonniers, mais leur ration alimentaire est réduite, surtout en Allemagne, affamée à cause du blocus.

Le pain des populations civiles : les paysans sont mobilisés, les chevaux,  les semences et les engrais manquent, si bien qu’en 1917 sont mises en circulation des tickets de pain. La population civile est rationnée. Celle des zones occupées souffre encore plus de la malnutrition. Mais celle de l’Allemagne connaît, elle, une véritable famine due au blocus décrété par les Alliés.

Des destins individuels : celui de Madeleine Daniau et de son frère André, à Exoudun (Deux-Sèvres), qui à 14 et 11 ans pétrissent et cuisent le pain à la boulangerie familiale, leur père étant mobilisé. Madeleine Daniau devient « la petite boulangère d’Exoudun » ; elle fait la une des journaux de l’époque et de lectures dans les écoles ; épuisée, elle meurt à 20 ans deux ans après l’armistice. Destin aussi celui de Désiré Chartier, le compagnon boulanger qui abuse de l’eau-de-vie, est hospitalisé et échappe à l’offensive meurtrière du Chemin des Dames. Ou encore celui de Constant Edeline, autre compagnon boulanger qui exerce son métier à bord d’un navire de troupes aux Dardanelles.

L’après-guerre : les compagnons et aspirants boulangers du Devoir, du Devoir de Liberté et des Devoirs Unis perdent 101 de leurs membres, soit près d’un quart des jeunes mobilisés. Il leur faudra beaucoup de détermination pour retrouver leurs effectifs d’avant-guerre. Une autre époque commence alors…

Une scénographie originale.  Sur 100 mètres carrés, le visiteur évolue dans un décor constitué de silhouettes de combattants et de véhicules, se déplace dans une tranchée reconstituée, longe les barbelés d’un camp de prisonnier et rencontre un four portatif autour duquel s’empilent les pains ronds des soldats.

Des objets. Quelques pièces originales sont présentées sous vitrine (cannes et douilles d’obus sculptées) ainsi qu’une remarquable maquette de four roulant, prêtée par le musée du Train et des Equipages militaires de Bourges.

Les concepteurs de l’exposition. Cette exposition a été conçue par le CREBESC (Centre de Recherche et d’Etudes sur la Boulangerie Et ses Compagnonnages) et en particulier par Laurent BOURCIER, dit « Picard la Fidélité », Compagnon Pâtissier Resté Fidèle Au Devoir. Le musée du Compagnonnage s’y est associé lors des relectures de textes et du choix des innombrables photos, puis lors de la présentation de l’exposition à Tours, en concevant sa scénographie.

Une brochure. Une brochure a été éditée spécialement pour l’exposition présentée à Tours. Ses 44 pages reproduisent l’intégralité des panneaux et des kakémonos. Textes et photos constituent une documentation unique sur le pain durant la première guerre mondiale. (3, 50 €)

Une exposition itinérante. Elle a été inaugurée les 31 mai et 1er juin à Exoudun (Deux-Sèvres) en mémoire d’André et Madeleine Daniau, les « petits boulangers » de la commune. En juin également, une sélection des photos d’époque a été présentée dans une boulangerie française de Sarajevo (Bosnie), qui commémorait l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche, évènement déclencheur de la Grande Guerre. Après Tours, elle sera présentée aux archives départementales d’Agen, puis en Côte-d’Or, Somme, Finistère, à Paris, et l’an prochain, en version anglaise, en Nouvelle-Zélande.

Le lieu : l’exposition est présentée au musée du Compagnonnage, dans la salle capitulaire (au rez-de-chaussée). Accès : depuis la rue Nationale, par le parvis de l’église St-Julien, ou par le parking Prosper-Mérimée, en suivant l’impasse qui conduit à la cour du musée. La salle capitulaire, aux voûtes du XIIIe siècle, constitue un bel élément subsistant de l’ancienne abbaye Saint-Julien démantelée à la Révolution.

 Mitrons à Verdun

 Boulangers Hindous cuisant leur pain

 Boulangers militaires allemands

Mis en ligne le : 28/06/2014

Une étonnante canne de compagnon cordier

Une étonnante canne de compagnon cordier

Le musée du Compagnonnage de Tours renferme une canne unique en son genre. Longue de 130 cm, elle est entièrement revêtue d'un habillage très fin en corde de chanvre, ne laissant apparaître aucune partie des matériaux enfermés : ni le jonc, ni l'embout métallique, ni la pomme de bois ou de corne.
 
Elle est présentée dans la section des compagnons cordiers du Devoir et plus précisément dans une vitrine dédiée au compagnon Louis BARTHES dit "Plein d'Honneur le Languedocien" (1868-1942). Elle était jusqu'à présent attribuée à ce compagnon, qui connut une certaine célébrité durant près de cinquante ans. Né à Marseillan, dans l'Hérault, reçu compagnon à Nantes en 1886, il s'établit en 1895 à Tours, dans le quartier des Halles. Sa corderie diffusait de nombreux articles, dont des filets de pêche.
 
Louis Barthès fut l'un des derniers compagnons cordiers. Conscient qu'il fallait tenter de relever sa corporation, avec l'accord de ses "Pays" du reste de la France, il fonda en 1899, à Tours, un siège susceptible d'accueillir les jeunes itinérants de son métier et en fit recevoir compagnons quelques-uns. Le siège était établi chez la Mère Brault, hôtesse de l'hôtel de la Croix-Blanche, place de Châteauneuf. Elle était aussi la Mère des compagnons maréchaux-ferrants du Devoir.
 
Revenons à la canne. En 1968, à la fondation du musée du Compagnonnage, Roger Lecotté, son conservateur et fondateur intégra une partie des collections de l'ancien musée compagnonnique de Tours, fermé depuis une dizaine d'années . Parmi les objets figurait la fameuse canne recouverte de corde. Il pensa qu'elle avait été confectionnée par Louis Barthès, comme les autres chefs-d'oeuvre de cette section du musée.
 
Or, le dépouillement du journal "Le Ralliement des compagnons du Devoir" a révélé une surprise. Dans le numéro 387 du 12 novembre 1899, p. 4-5, il est question d'une canne fabriquée par un autre compagnon cordier et offerte au siège de Tours à l'occasion de sa fondation. Laissons la parole au rédacteur du compte rendu de la fête compagnonnique de Loudun (Vienne), qui eut lieu le 8 octobre 1899 :
 
"Mes amis les Compagnons cordiers de Tours sont allés voir les beaux travaux de corderie de notre ami Pion, l'Assurance le Poitevin. (...) En faisant notre entrée dans la salle du banquet une surprise agréable attendait les compagnons cordiers, c'est la vue d'une superbe canne de compagnon faite par le compagnon Pion, pour l'offrir à la chambre des Compagnons cordiers de Tours ; ce chef-d'oeuvre d'un goût exquis fait l'admiration des compagnons présents et tous sont unanimes à féliciter le compagnon Pion pour l'amour qu'il professe pour sa profession de cordier. Bientôt les compagnons de la Touraine vont pouvoir se rendre compte par eux-mêmes en venant voir chez la Mère des compagnons maréchaux et cordiers, ce beau travail qui sera exposé dans la belle et grande salle des compagnons maréchaux qui est déjà ornée de chefs-d'oeuvre concernant la maréchalerie."
 
Plus loin, voici un extrait du discours du compagnon Prédhumeau, cordonnier et président des compagnons du Devoir de Loudun : "Je croirais aussi manquer à un devoir bien sacré, si je ne venais féliciter notre digne frère, le compagnon Pion, du zèle et du dévouement qu'il a toujours témoignés en toutes circonstances pour le Compagnonnage, qui, malgré son âge avancé, n'a pas craint de mettre son talent à l'épreuve pour vous faire et vous offrir un chef-d'oeuvre, chers compagnons cordiers, en vous offrant celui que nous admirons tous, et qui dans votre société perpétuera toujours ce nom vénéré de l'Assurance le Poitevin. Quelle sublime et délicate pensée de vous offrir pour marque de son attachement cette magnifique canne compagnonnique, emblême de nos gloires et ne servant aujourd'hui que pour la paix et la concorde."
 
Enfin, l'heure du retour à Tours sonna et le rédacteur ajoute : "Il va sans dire que mes amis la Victoire le Breton et Plein d'Honneur le Languedocien n'ont pas oublié dans le train la belle canne de l'Assurance le Poitevin. C'est la coterie Antier qui a voulu faire la boîte d'emballage pour qu'elle arrive à destination intacte."
 
C'est donc cette canne, fabriquée à Loudun en 1899 par Pion dit l'Assurance le Poitevin, qui fut remise à Louis Barthès pour le siège des compagnons cordiers de Tours. Sa société s'étant éteinte dans les années 1920, Barthès la remit au musée compagnonnique qui avait été fondé en 1911. Puis elle intégra le musée du Compagnonnage de Tours, où elle se trouve encore, cent-quatoze ans plus tard...

Mis en ligne le : 28/03/2014

Un nouveau chef-d'oeuvre tout en symboles

Un nouveau chef-d'oeuvre tout en symboles

Les compagnons boulangers sont attachés à leurs symboles et l’ont montré en déposant récemment le travail de réception d’un jeune de leur société. Réalisé en grande partie en pâte morte avec quelques éléments en pastillage, cette pièce se présente sous la forme d’un pentagone tandis que sur le socle, on distingue un labyrinthe et la représentation des quatre éléments.

De haut en bas de la pièce se succèdent un compas et une équerre, un sablier, l’œil de l’Etre suprême dans un triangle, les mains qui s’enserrent. Puis, sur un phylactère, on lit la devise : « Respect au Devoir – Honneur et gloire au Travail ». Suivent les deux dates et villes chères aux boulangers : « Blois 1811 » (leur fondation) et « Paris 1860 » (leur reconnaissance).

A droite et à gauche, se font face deux cannes croisées et un chien blanc (qui a donné leur surnom aux compagnons boulangers). Puis, au centre, est placé le blason des compagnons boulangers-pâtissiers restés fidèles au Devoir, composé d’une ruche, d’une pelle et d’un rouable croisés, d’une balance, d’un coupe pâte, d’épis de blé et de rameaux.

Tout autour du pentagone sont placés de petits rouleaux qui figurent les « couleurs » les plus anciennes des compagnons boulangers : vert, jaune, rouge, blanc et bleu.

L’ensemble est original et décoratif. Cette pièce remplace un beau travail du même ordre déposée en 1996 mais qui s’était malheureusement dégradé au fil du temps. Comme on le sait, les œuvres en pâte à pain ne sont pas éternelles. C’est le lot des créations des métiers de bouche d’être éphémères, comme le pain journalier, sans cesse renouvelé…

Mis en ligne le : 01/04/2014

 

Week-end Musées Télérama

Week-end Musées Télérama

Cette année le Musée du compagnonnage participera au  Week-end Musées Télérama qui aura lieu les 22 et 23 mars 2013 dans la France entière !

A cette occasion, l'entrée sera gratuite pour les visiteurs qui se présenteront avec un passeport Télérama (publié dans les Télérama du 12 et 29 mars).  En échange nous leur remettrons une "carte pass", valable pour 4 personnes, qui leur permettra d'accéder au Musée du compagnonnage mais aussi aux autres musées de Tours participants à l'opération.

Samedi 22 et dimanche 23 mars 2013 de 9h à 12h30 et de 14h à 18h
- le samedi 22 à 10 h 30  présentation du Compagnonnage et des collections du musée, suivie d’une visite libre, avec jeux-découverte pour les enfants ;

- le dimanche 23 mars, à 15 h : dans le cadre du Printemps des poètes, lectures de poèmes par Laurent Bastard et interprétation de chants compagnonniques par Benoît Riou, baryton-basse.


Mis en ligne le : 01/03/2014

Une émission consacrée au Compagnonnage

Une émission consacrée au Compagnonnage

L’émission « Vues sur Loire » consacrée à la culture ligérienne est diffusée sur France 3 Centre, Pays de Loire et Bourgogne. Ce magazine hebdomadaire est comme le trait d’union entre les régions traversées par la Loire sur 600 km.

Présentée par Sylvie DENIS, l’émission du mardi 18 janvier sera consacrée au Compagnonnage. L’institution est en effet bien ancrée en Val de Loire depuis des siècles. Tours est l’une de ses places fortes.

On y découvrira l’histoire des compagnons, leurs légendes et leurs traditions, leurs chefs-d’œuvre, mais aussi leur quotidien et leur avenir.

Une grande partie de l’émission a été réalisée à Tours au musée du Compagnonnage, où sont conservés les grands chefs-d’œuvre du passé des compagnons et les souvenirs de leurs traditions.
Pour le présent, les responsables d’associations compagnonniques tourangelles présenteront les diverses facettes d’un mouvement reconnu par l’Unesco comme « patrimoine culturel immatériel de l’Humanité ». Alliant la tradition à la modernité, il permet toujours à des jeunes, après leur apprentissage, de se perfectionner dans leur métier par le tour de France. Ils développent ainsi leurs aptitudes professionnelles et donnent un sens à leur vie.
Enfin, la commémoration du décès de la Mère Jacob par les compagnons boulangers de Tours, en octobre dernier, permettra de revivre par l’image les cérémonies associées à cette manifestation.

Cette émission sera diffusée sur France 3 Centre le samedi 18 janvier 2014 à 16h15.

A gauche, remise d'un chef d'oeuvre au musée lors de la commémoration du décès de la Mère Jacob

Mis en ligne le : 10/01/2014

Le souvenir du cordier

Le souvenir du cordier

Les collections du musée viennent de s’enrichir d’un tableau-souvenir de compagnon cordier du Devoir.  Il s’agit d’un dessin à l’encre de Chine et aquarellé, comme les cordiers en remettaient à leurs membres jusqu’au milieu du XIXe siècle. On y voit un portique de temple dont le fronton enferme l’image de saint Pierre, le patron des cordiers, tenant les Evangiles ouverts. De part et d’autre des colonnes sont représentées les allégories de la Sagesse et des Arts et Métiers (Minerve) et de la Justice (Thémis).  Au centre le compagnon est figuré en pied, sa canne en main, ses couleurs (rubans) au côté gauche.

A l’arrière-plan on remarque la porte monumentale de l’arsenal de Rochefort dite « Porte du Soleil », ainsi qu’un trois-mâts. Rochefort était en effet l’une des villes où les compagnons cordiers travaillaient lors de leur tour de France, car ce port de guerre exigeait une fabrication considérable de cordages. Au-dessus du compagnon, entourés d’une guirlande de fleurs, se trouve le « blason » des compagnons cordiers du Devoir, composé des instruments de leur métier (émerillons, manivelle, compas d’épaisseur, etc.).

Ce tableau-souvenir a été composé pour « SACRE Jacques dit Cœur d’Amour le Poitevin le 28 juin 18… »  (année illisible). Ce compagnon était né le 10 juillet 1822 à Luçon (Vendée). Il a dû être reçu entre 1841 et 1849, pour la Saint-Pierre. Il vivait encore à La Roche-sur-Yon (Vendée) en 1904.

On connaît seulement une vingtaine d’exemplaires de ces tableaux-souvenirs destinés aux compagnons cordiers, dans des collections publiques ou privées. Ils sont tous dessinés sur le même modèle, mais comportent de petites variantes. Celui qui vient d’être remis au musée a souffert de l’humidité et nécessitera une restauration.

 

Merci à M. Christian SUIRE, le donateur, et au compagnon René LEVEQUE, qui l’a orienté vers le musée. Ils ont préservé un intéressant élément du patrimoine relatif à un compagnonnage désormais éteint et dont les derniers membres sont décédés il y a une trentaine d’années.

Mis en ligne le : 29/11/2013

Il y a 100 ans : novembre 1913

Il y a 100 ans : novembre 1913

Dans la vie rythmée des compagnons, le mois de novembre comporte deux dates importantes : la Toussaint (1er novembre) et la Sainte-Catherine (25 novembre).
La première était l'occasion de rendre hommage aux compagnons décédés mais était aussi une date pour les réceptions de nouveaux compagnons, comme le sont les grandes fêtes chrétiennes. Ce sont notamment les compagnons charpentiers, les couvreurs, les menuisiers, les boulangers du Devoir qui faisaient (ou font encore) réception à cette date.

La seconde, c'est la Sainte-Catherine, la fête patronale des compagnons charrons du Devoir. Pourquoi ? Parce que cette vierge chrétienne de la fin du IIIe et du début du IVe siècle aurait subi le martyre avec une roue hérissée de pointes. La roue l'a fait adopter par ceux qui la fabriquent, c'est-à-dire les charrons. A la Sainte-Catherine, ils recevaient donc leurs nouveaux compagnons, l'autre date de réception étant la Saint-Jean (24 juin).

En cette année 1913, les compagnons charrons de Tours, Bordeaux, Lyon et Paris ont donc fêté leur sainte-patronne. A Paris, la fête a eu lieu le dimanche 30 novembre. La veille, on été reçus neuf nouveaux compagnons et tout le monde s'est retrouvé au banquet présidé par la Mère, Madame Andrieu, rue Charlot (IIIe arrondissement).

Le journal "Le Ralliement" du 1er mars 1914 nous donne le compte rendu de cette journée et l'on apprend d'abord que : "Une quarantaine de convives y assistaient, et plusieurs dames, par leurs charmes, étaient venus embellir cette fraternelle assemblée, où tous les compagnons, vieux et jeunes, rivalisèrent de gaîté et d'entrain par leurs chants."

L'un des convives invités, le compagnon boulanger MAGNAN, "Angoumois l'Exemple de la Justice", y prononça un discours où il évoqua ses souvenirs. Il avait alors dix ans, à Angoulême, et il accompagnait son père, compagnon boulanger, à la Sainte-Catherine des charrons de la cité. Il mentionne alors ce détail qui prend toute son importance neuf mois avant le déclenchement de la Grande Guerre : "C'était au lendemain où Thiers venait de libérer la terre de la Patrie, et notre Tour de France, débarrassé de la botte de l'Allemand. Le Pays Vidalange (un compagnon charron), y fit allusion et engagea les Compagnons à penser toujours à nos Frères Compagnons d'Alsace et de Lorraine, mais de n'en parler que dans les assemblées, en signe de sincères souvenirs."

Les anciens n'avaient donc pas oublié le désastre de 1870 et le patriotisme était très fort au sein d'une grande partie de la population.

Et puis le même journal nous donne des nouvelles du "Groupe fraternel des Compagnons du Devoir sous les drapeaux", fondé quelques années plus tôt à Angoulême par le compagnon couvreur Auguste Bonvous. On apprend qu'après Angoulême, Orléans et Poitiers, une nouvelle section vient de se créer à Angers, 18, faubourg Saint-Michel. Les fondateurs sont ceux qui accomplissent leur service militaire au 6e Génie : les compagnons menuisiers O. NEGRAULT, G. NIVERT, JANTAUD, R. PROUTEAU et les compagnons charpentiers KERMELUN et PREVOST.

Décidément, on parlait beaucoup d'armée en 1913 ! On allait en parler encore bien davantage au mois d'août de l'année suivante...

Mis en ligne le : 30/10/2013

Un don de documents de 1849 sur Perdiguier

Un don de documents de 1849 sur Perdiguier

Le musée vient d'intégrer deux rares documents sur la carrière politique d'Agricol PERDIGUIER, "Avignonnais la Vertu", compagnon menuisier du Devoir de Liberté.
Républicain engagé, Perdiguier vit dans la Révolution de février 1848 l'occasion d'exprimer ses idées sociales. Il s'engagea avec d'autres compagnons de divers métiers et Devoirs à la conquête du pouvoir et présenta sa candidature aux élections législatives du 23 avril 1848. Candidat dans le département de la Seine et dans celui du Vaucluse, il fut élu député dans les deux. Il choisit celui de la Seine, puisqu'il résidait à Paris. Un an plus tard, en mai 1849, lorsque de nouvelles élections furent organisées, il fut réélu député de la Seine. Il siégea à la "Montagne", c'est-à-dire à gauche, avec les républicains socialistes.
Les deux documents concernent sa candidature aux élections de 1849.

Il s'agit de deux feuillets imprimés de propagande électorale signés des "représentants du peuple" élus précédemment. Parmi les 56 signataires, on relève les noms du sculpteur David d'Angers, de l'écrivain catholique Lamennais, de Ledru-Rollin, de Félix Pyat, d'Eugène Raspail, de Victor Schoelcher, député de la Martinique qui fit abolir l'esclavage… Et aussi de "PERDIGUIER (Agricol) (Seine)".

La République démocratique et sociale

Ces deux imprimés énoncent le programme des candidats. L'un est le premier numéro du journal "L'Egalité" d'avril 1849, "feuille consacrée à l'émancipation et aux intérêts des travailleurs des champs", l'autre est un grande feuille de 45 x 32 cm. Les deux abordent les principes généraux des représentants de la Montagne, la politique extérieure, l'intérieur, le travail, l'impôt, le service militaire, l'instruction, l'ordre, le crédit, l'association.
Et leur déclaration s'achève par ces lignes : "En résumé, nous voulons ce que veut le peuple : l'unité de pouvoir ; la distinction des fonctions ; la liberté de la pensée ; la liberté de réunions et d'association ; l'éducation gratuite ; la révision des lois sur le service militaire ; l'abolition immédiate des impôts qui frappent les objets de première nécessité, comme le sel, les boissons, etc.; la réforme de l'impôt foncier, des octrois et des patentes ; l'établissement de l'impôt proportionnel et progressif sur le revenu net ; le rachat par l'Etat des chemins de fer, des canaux, des mines, etc. ; la réforme administrative, judiciaire et pénale ; la justice gratuite, c'est-à-dire la simplification des formes et la réduction des frais ; le droit au travail ; le crédit ; l'association. Enfin, nous voulons pacifiquement et progressivement les conséquences des trois grands principes de la Révolution française, LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, c'est-à-dire le gouvernement de tous et pour tous ; LA REPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE, DEMOCRATIQUE ET SOCIALE."

      Les députés de la Montagne


Déclaration au peuple

Ces documents ont été offerts par M. Patrick Fonteneau, qui avait activement participé en 2011 à la mise en place de l'exposition sur "Les révolutions ouvrières du XIXe siècle". Un grand MERCI à ce collectionneur passionné par l'histoire ouvrière, qui aime à faire partager ses découvertes !

Mis en ligne le : 26/09/2013

Septembre 1913 : les compagnons cuisiniers s'installent à Londres

Septembre 1913 : les compagnons cuisiniers s'installent à Londres

Le 1er décembre 1900 fut reçu le premier compagnon cuisinier à l'Union Compagnonnique. Il fut suivi durant dix ans par quelques autres, puis les effectifs décollent à partir de 1910, sous l'impulsion d'un actif noyau de compagnons cuisiniers parisiens. En 1912, ils ne sont pas moins de 10 à être reçus, presque tous à Paris. L'année suivante, toujours dans la capitale, ce sont 23 nouveaux compagnons cuisiniers qui sont admis et Romans en reçoit un également. Ils développent une certaine autonomie au sein de l'Union et adoptent même une "constitution compagnonnique" particulière.

Mais l'étranger offre des perspectives d'embauche intéressantes et de bons salaires. La gastronomie française sait s'exporter. Quelques compagnons cuisiniers sont déjà à Londres, au Carlton, que dirige l'illustre chef Auguste Escoffier. Parmi eux, Eugène HERBODEAU, "Berry la Fidélité" et René JOACHIM, "Parisien la Franchise".  Pourquoi ne pas fonder une nouvelle cayenne de l'Union Compagnonnique dans la capitale anglaise ? Ce serait la 45e section. Et voilà le projet sur les rails !

Le jeudi 16 septembre 1913, à 23 h 30, Jules Morisseau, président général de l'Union, assisté de 5 compagnons cuisiniers et d'un compagnon sabotier, s'embarquent à Dieppe sur le Bristol. A 3 h 30, ils débarquent à Newhaven et prennent le train jusqu'à la gare Victoria. A 7 h 30, les voilà à Londres. Sur le quai les attendent les compagnons cuisiniers, qui les conduisent à l'hôtel. Tout le monde déjeune ensuite à l'hôtel de Dieppe, tenu par un Français.

L'installation de la section de Londres

En début d'après midi, la délégation des compagnons et ceux de Londres commencent la procédure d'installation de la nouvelle section. La cérémonie se déroule dans le temple de la loge maçonnique "La France", au café Royal, mis à la disposition des compagnons par les francs-maçons français résidents en Angleterre. Il est ensuite procédé à la remise de la constitution et du cachet de la nouvelle section.

Puis, comme l'ouverture d'une nouvelle ville est toujours marquée par la réception de nouveaux compagnons, trois cuisiniers sont initiés : il s'agit d'Emile FETU, "Blois Cœur Fidèle", de Jean DEDIEU, "Comtois la Sincérité" et de Jules BALENDRAS, "Parisien la Douceur".

L'heure avance… Certains compagnons doivent retourner aux fourneaux dès 17 h, aussi la cérémonie se clôt-elle et tous les participants se retrouvent autour d'un verre.
Mais ce n'est pas fini. Le soir, à 21 h, un grand banquet est préparé au café Royal. L'apéritif est servi, "quelques dames et demoiselles" sont là, les francs-maçons  aussi. Au dessert, ce sont les discours : d'abord celui du président Morisseau, dit "Jules le Tourangeau", compagnon serrurier natif de Chinon. Puis celui d'Eugène Herbodeau, suivi par Emile Fétu. Ce dernier "assure qu'il fera tous ses efforts pour faire prospérer la nouvelle section. Les éléments ne manquent pas, à Londres surtout, dans la corporation des cuisiniers. Mais ils seront prudents et feront tous leurs efforts pour n'admettre que des hommes sages, ayant une bonne moralité et possédant des capacités professionnelles." M. Aubin, franc-maçon de la loge "La France" "assure les compagnons que toutes les fois qu'ils auraient besoin des maçons, leur concours leur est acquis. Car si généralement la franc-maçonnerie n'est pas composée des mêmes hommes que le compagnonnage, ils poursuivent les mêmes buts : l'indépendance des hommes par le travail et la fraternité dans les diverses classes de la société humaine".

Enfin, la soirée se termine en chansons : "dames, demoiselles et invités font entendre de charmantes voix dans des romances françaises et morceaux d'opéras."
Le lendemain, c'est la visite de Londres en voitures automobiles et le dimanche soir une partie de la délégation rentre en France.

Un essor anéanti par la guerre

La section de Londres n'en resta pas aux intentions de bien faire. Dès le 1er octobre, elle se réunit et désigna ses responsables. Fétu est nommé président et premier en ville des cuisiniers ; Herbodeau, secrétaire ; Dedieu, trésorier ; Joachim, maître de cérémonies ; Balendras, rouleur. Cinq nouveaux candidats sont inscrits, en attente de leur prochaine réception. Le siège de l'Union Compagnonnique de Londres est provisoirement fixé au domicile d'Herbodeau, n° 2 Paris Street, au Lambeth Palace.

En 1914, la section reçoit quatre autres compagnons : GAMBRELLE, "Villeneuve-sur-Aunis le Bien Dévoué", PAILLOUX, "Mâconnais le Juste", BELLOSI, "Varello Cœur Vaillant" et FAVREAU, "Vendéen Bon Cœur".

Hélas, l'activité de la section allait être perturbée par la mort prématurée d'Emile Fétu, en septembre 1914. C'était le collaborateur d'Escoffier, mentionné et en photo à la première page du "Guide culinaire", l'œuvre du "roi des cuisiniers et cuisinier des rois".
Mais surtout, le déclenchement de la guerre contre l'Allemagne allait mettre fin à l'activité de cette cayenne prometteuse. Les Français sont rappelés et certains mobilisés. 

La section de Londres ne rouvrira pas après quatre années de guerre, mais les compagnons cuisiniers traverseront à nouveau la Manche pour perpétuer leur savoir-faire. Eugène Herbodeau y reviendra notamment en 1919, comme chef du Ritz puis du Carlton (1928), avant d'ouvrir son propre restaurant, "L'Ecu de France".

Source : journal "Le Progrès compagnonnique" du 1er novembre 1913.

Pour en savoir plus sur l'histoire des compagnons cuisiniers, se reporter à la conférence de Jean PHILIPPON, "Bordelais la Constance", publiée dans le numéro 9 des Fragments d'histoire du Compagnonnage. Cliquer ici

Eugène HERBODEAU et Auguste ESCOFFIER

 Mis en ligne le : 13/08/2013

Il y a cent ans, chez les compagnons ...

Il y a cent ans, chez les compagnons ...

Août 1913 : le Compagnonnage a trouvé sa vitesse de croisière : les querelles entre les compagnons du Devoir et ceux de l'Union Compagnonnique se sont apaisées ; chacun campe sur ses positions et sait que leur mouvement doit compter avec l'autre. De timides rapprochements s'opèrent ici et là. Après tout, pensent certains Devoirants, ne sont-ils pas compagnons comme nous, ces "Unionistes" fondés il y a bientôt 25 ans ? Et ces derniers se rendent bien compte que le rêve de Perdiguier et de Lucien Blanc, leur fondateur, de ne créer qu'un seul Compagnonnage, un seul rite, une seule réception, élargis à une centaine de métiers, ne parvient pas à séduire tous les jeunes à l'issue de leur apprentissage.

Dans l'immédiat, le journal Le Ralliement fait état des réceptions du 15 août (l'Assomption). Mais il ne mentionne que celle de Nantes, où les bourreliers-harnacheurs ont reçu Maxime Barthère, né à Libourne en 1895, et lui ont donné le nom de Bordelais le Soutien du Devoir.

En revanche, les rangs se sont éclaircis à cause des décès. Le 30 juillet, c'était celui de Louis Boiron, Vendôme la Clef des Cœurs, né à Mondoubleau en 1826. Il fut l'un des fondateurs et présidents de la caisse de retraite du Ralliement nantais. Le 16 août, à Saint-Germain-en-Laye, ont lieu les obsèques du compagnon charpentier Alphonse Brossier, Nantais le Soutien des Bons Drilles ; reçu à la St-Joseph 1901, il n'était âgé que de 31 ans. Le 20 août, les compagnons nantais conduisent au cimetière de Vertou leur coterie Henri Ramé, Nantais l'Ami du Trait, un autre compagnon charpentier reçu à la St-Joseph 1902 ; il n'avait que 30 ans. Un troisième charpentier, plus âgé est décédé à 61 ans, à Esmans, près de Montereau (Yonne) ; il s'agit de François Mollard, Bressan l'Enfant du Génie, qui était maire de sa commune. Et à Tours, s'est ajouté à cette liste le compagnon plâtrier Jean-Baptiste Cluze, entrepreneur, dit Sans Regrets de Montmirail. Et il ne s'agit là que de ceux dont le décès a été signalé au journal et qui ont conservé des liens avec les compagnons ; beaucoup d'autres ont quitté ce monde dans la discrétion.

Les rangs s'éclaircissent et les réceptions sont plus rares. Les compagnons ne baissent pourtant pas les bras. De Limoges, les charpentiers Elie et Briquet lancent un projet de Confédération générale compagnonnique pour renforcer les allocations versées aux compagnons, mais les sociétés du Devoir, autonomes financièrement les unes des autres, rechignent à se lancer dans ce projet, par crainte de voir se diluer le capital qui leur sert à verser des retraites particulières et des secours à leurs propres membres. Cela fait réagir le compagnon Trémoille, qui déplore : "Ces résultats, personne ne les conteste ; tous les membres de nos sociétés seraient heureux de les voir mis en pratique, mais quand il faut passer du rêve à la réalisation, l'indifférence et l'égoïsme surgissent de toutes parts. Ici, c'est le compagnon untel qui ne peut comprendre que ce qui ne se faisait pas de son temps puisse se faire de nos jours ; là c'est un autre qui ne trouve pas le projet de son goût, parce qu'il n'émane pas de lui. Et c'est ainsi que les meilleures volontés, les dévouements les plus généreux sont frappés d'impuissance et de paralysie. Devant le mouvement d'enveloppement général des autres sociétés mutualistes, une solution capitale s'impose à bref délai car : ou nous serons tous unis et solidaires au point de vue mutuel en laissant à chacun son autonomie intérieure, ou bien alors nous disparaîtrons…"

De Lyon, les compagnons font appel au tour de France pour préparer un congrès qui examinera entre autres, les propositions des Limousins. Les compagnons sont aussi invités à participer à l'exposition internationale urbaine de Lyon, qui se tiendra du 1er mai au 1er novembre 1914. Ils disposeront de 60 mètres carrés pour présenter leurs chefs-d'œuvre.

En août aussi, ce fut le temps des fêtes. Les compagnons boulangers ont participé aux "Grandes fêtes de Troyes" les 14 au 17 août. En cortège, drapeau en tête, ils sont allés à la Bourse du Travail et rejoint un vaste théâtre en plein air pour écouter des discours et couronner dix "charmantes Muses du travail", avant de sabler le champagne à l'hôtel de ville. Et de conclure : "Nos sociétés compagnonniques ne se montrent pas assez en public ; notre œuvre est belle et ne peut que gagner à être connue. Profitons de toutes les occasions qui nous sont offertes pour bien démontrer aux yeux de tous que le Compagnonnage régénéré n'a pas dit son dernier mot et peut être d'une grande utilité à la cause des travailleurs."

Le 31 août, c'était la fête du troisième anniversaire de la fondation du Ralliement de Nîmes. Comme à l'accoutumée : cortège des différents corps d'états du Devoir, banquet, chansons et bal. Le président d'honneur était le compagnon maréchal-ferrant François Fournier, Languedoc le Résolu, qui était député depuis 1901 mais n'avait pas oublié ses Pays.

Et puis on apprend par le journal Le Ralliement que le 7 août s'est fondé à Poitiers un "Groupe fraternel des compagnons soldats". Poitiers étant ville de garnison, le Groupe fraternel des compagnons sous les drapeaux, fondé à Angoulême par le compagnon couvreur Auguste Bonvous, a pensé utile d'y créer une succursale. "Les jeunes Frères qui auront le bonheur de venir accomplir leur service à Poitiers seront heureux de se trouver parmi des Frères qui ne demanderont pas mieux que de les aider et par les réunions, leur procurer les loisirs de parler de ce tour de France que l'on regrette tant, des Frères qu'on y a connus et laissés en arrière. On est si heureux de rappeler d'aussi doux souvenirs que ceux d'une réception, d'une conduite ou de quelques fêtes compagnonniques." Et des nouveaux compagnons appelés sous les drapeaux, il y en aura encore plus en cette année 1913. En effet, dès 1905, une loi a prévu non seulement l'incorporation en octobre des jeunes de 21 ans (la classe 1912), pour deux ans de service militaire, mais aussi celle des jeunes gens de 20 ans (la classe 1913, par anticipation) et pour trois ans.

Les effectifs seront plus importants, prêts pour la mobilisation d'août 1914 et quatre ans d'horreur…

En-tête de la Revue des groupes fraternels des Compagnons du Devoir sous les drapeaux.

A gauche : cuisiniers de l'Hôtel Impérial-Palace d'Annecy en 1913

Les lignes qui précèdent sont issues de la lecture du seul journal "Le Ralliement des compagnons du Devoir". Le musée ne renferme pas les numéros du journal de l'Union Compagnonnique.

Mis en ligne le : 01/08/2013

Transports

Transports

"Transports : sur terre, sur l'eau et dans les airs"  , est l'exposition d'été présentée au musée du Compagnonnage jusqu'au 30 septembre 2013.

TRANSPORTER, C’EST…

OBSERVER : transporter des êtres vivants et des objets est une activité permanente dans la Nature. Les oiseaux transportent les insectes et les graines jusqu’au nid de leurs petits. Les mammifères carnassiers font de même avec leurs proies jusqu’à leur gîte. Le scorpion, le kangourou, certains poissons, transportent leurs œufs ou leurs petits sur leur dos, dans leur poche ventrale, ou dans leur gueule…

INVENTER : l’homme n’a cessé depuis l’Antiquité de concevoir des systèmes pour améliorer le transport de ses semblables et des marchandises, plus facilement, plus rapidement, en plus grand nombre et avec plus de sécurité, en s’adaptant à la terre, à l’eau et à l’air…

FABRIQUER : les activités liées aux transports sont très nombreuses et créatrices d’emplois : autrefois les charrons, bourreliers, selliers, maréchaux-ferrants, charpentiers de marine ; aujourd’hui : les mécaniciens, carrossiers, constructeurs automobiles, ouvriers de l’aéronautique et des chantiers navals, et tous ceux qui fabriquent en amont les matières et accessoires, ou en aval, assurent leur maintenance…

GÉRER : le développement des transports a entraîné de multiples activités pour en assurer le contrôle : assureurs, policiers de la route, des mers, de l’air et des frontières, douaniers, contrôleurs aériens, professionnels de santé, mais aussi constructeurs et gestionnaires de routes, ports, voies ferrées, aéroports…

ÉCHANGER, PROPAGER, DOMINER : les transports permettent, les échanges culturels, les transformations politiques, les flux migratoires, les grands déplacements de populations lors des conflits, la propagation des bonnes et des mauvaises nouvelles, l’extension des épidémies, l’envoi de médecins pour les soigner, le développement économique et le pillage des ressources, les échanges commerciaux et les guerres, le transport de touristes et de soldats…

TRANSPORTER fait partie depuis toujours de l’Histoire de l’Homme et de la vie quotidienne de chacun d’entre nous…

LES VOITURES À CHEVAL

Le cheval a longtemps permis non seulement le déplacement de son cavalier mais aussi le transports d’hommes et de marchandises. Il fallait alors l’atteler à un véhicule construit par un charron. Ses éléments principaux sont la caisse (fermée) ou le plateau (ouvert, mais qui être bâché), les roues, les essieux, le timon central et pivotant ou les brancards (selon le mode d’attelage du ou des chevaux).
La forme des véhicules attelés, leur nom et leurs dimensions variaient selon leurs usages. Pour les transport des personnes en ville ou à la campagne ont existé des carrosses, berlines, vis-à-vis, coupés, berlingots, désobligeantes, landaus, gondoles, dormeuses, cabriolets, tilburys, fiacres, breaks, calèches, etc., qui possédaient deux ou quatre roues. Les voitures de voyage s’appelaient diligences, coches, chaises de poste, etc. En ville, les transports en commun étaient effectués dans des omnibus. Les véhicules de transport de marchandises étaient des charrettes, fourragères, fardiers…
Le cheval était donc la force de traction la plus répandue jusqu’au début du XXe siècle. A Paris, par exemple, en 1886, la Compagnie des Omnibus mettait en service 916 voitures et utilisait 12 800 chevaux. Beaucoup d’artisans gravitaient autour de cet animal, omniprésent en ville et dans les campagnes : charrons, selliers-garnisseurs, bourreliers-harnacheurs, maréchaux-ferrants, fabricants de cuir, de toiles, de fouets, etc.

De nos jours, le cheval n’est plus guère employé en France comme moyen de traction des véhicules, mais son souvenir subsiste dans l’emploi du « cheval-vapeur ». Cette unité de puissance exprime une équivalence entre la puissance fournie par un cheval tirant une charge et celle fournie par une machine à vapeur. Elle est définie comme une masse de 75 kg tombant de 1 mètre en 1 seconde, ou encore équivalent à 736 watts.

Sont exposés dans cette section : plusieurs maquettes de berline (celle du compagnon Joseph Blavette, Manceau la Clef des Cœurs, compagnon charron, réalisée en 1869) ; diligence, cabriolet, fourragère et fardier, ainsi qu’un petit cheval harnaché et une roue, chef-d’œuvre de Meilleur Ouvrier de France ;




Maquette de diligence


LE TRAMWAY

Le mot vient de l’anglais tram (rail plat) et way (voie). Le premier tramway fut construit dans la Loire, de Montbrison à Montrond, sur 15 km, mais son essor ne débute en France qu’en 1853.
Conçu par Alphonse Loubat après un séjour en Amérique, il avait été aménagé à Paris de la place de la Concorde à Passy, puis fut étendu à Versailles, Boulogne, Saint-Cloud, Rueil, Bougival, etc. Ce mode de transport se répandit lentement à Paris même et dans les autres villes, car on craignait que sa circulation urbaine sur une voie obligée nuise aux autres véhicules. La guerre de 1870 et le siège de Paris favorisa l’extension du tramway pour approvisionner la capitale en armement et vivres. En 1886, le réseau français des tramways mesurait 800 km et était en pleine expansion. A Paris, il couvrait 250 km.
Les voitures circulaient sur des rails à ornières fixés sur des pièces de chêne dont l’écartement de 1,44 m était maintenu par des entretoises. Les rails et leur support étaient enchâssés entre les pavés de la chaussée.
Deux chevaux attelés tiraient chaque voiture. Ce mode de traction subsista jusqu’au début du XXe siècle dans quelques villes. Mais dès 1877 furent mises en service des machines à vapeur, à eau surchauffée ou à air comprimé (système Métarski, en service à Nantes de 1879 à 1917). L’alimentation électrique par lignes aériennes est mise au point dès 1881 mais ne se répand qu’après 1895. Elle supplante la traction hippomobile avant 1914.
Après l’essor des autobus durant l’entre-deux-guerres, puis de l’automobile individuelle après 1950, le tramway connaît une période de désaffection et les lignes disparaissent de presque toutes les villes. Ce n’est qu’après 1975 que ce mode de transport est relancé. Nantes est la première ville à remettre en circulation un tramway (1985), suivie de Grenoble (1987), Paris (1992), Strasbourg (1994), et de beaucoup d’autres désormais.

Sont exposés dans cette section : la grande maquette contemporaine du tramway de Tours ; un étonnant « tramway à liqueurs » en bois détouré, œuvre du compagnon serrurier Léopld Habert (vers 1900).



Tramway à liqueurs


LA LOCOMOTIVE À VAPEUR

Bien que l’énergie produite par la vapeur ait été observée dès l’Antiquité, ce n’est qu’au cours du XVIIIe siècle, avec James Watt (1736-1819) qu’un premier moteur à vapeur fut fabriqué (1769). L’énergie thermique de la vapeur d’eau produite par une chaudière est transformée en énergie mécanique : la vapeur passe dans un cylindre dans lequel elle pousse un piston, qui entraîne à son tour les roues d’un véhicule grâce à des bielles.
Le premier véhicule mis en mouvement par la vapeur a été inventé par Cugnot en 1763. Son fardier roulait lentement (4 km / h) et n’avait qu’une courte autonomie. Il préfigurait d’autres véhicules à vapeur qui circulèrent sur route jusqu’au début du XXe siècle. Mais c’est la locomotive qui s’imposa…
La première fut mise sur rails en 1804 dans le Pays de Galles pour desservir des aciéries. Tout au long du XIXe siècle, les types de locomotives à vapeur se multiplièrent (machine de Stephenson, 1814). En France, la première circule sur la ligne de Saint-Etienne à Lyon en 1827, perfectionnée par Marc Séguin.  Le réseau de chemin de fer se développe ensuite régulièrement, en étoile à partir de la capitale.
Les locomotives à vapeur, alimentées au charbon, tractent de façon rapide et fiable un train de wagons permettant le transport de voyageurs et de marchandises. Si leur vitesse moyenne est de 70 km / h en 1880, elles peuvent atteindre aisément 100 km, voire beaucoup plus (le record de 203 km / h fut atteint en 1938). L’impact de ce type de véhicule sur le développement économique, industriel et touristique est considérable.
Malgré la construction de modèles rapides et puissants (Pacific 231 en 1907, Moutain 241 en 1925), les locomotives à vapeur seront définitivement abandonnées en France en 1972, au profit des locomotives à alimentation électrique, à moteur Diesel alimentés au fuel, ou à turbine à gaz (TGV version 1972, remplacé deux ans plus tard par l’alimentation électrique).

Sont exposés dans cette section : plusieurs maquettes de machines à vapeur en état de fonctionnement, réalisées par les ouvriers des chemins de fer avant guerre ; une locomobile, chef-d’œuvre d’un compagnon mécanicien ; une maquette en bois de locomotive avec son tender, réalisée vers 1900 par le compagnon serrurier Léopold Habert, dit Léopold le Tourangeau.

Machines à vapeur


L’AUTOMOBILE ET LE MOTEUR A EXPLOSION

Les premières automobiles étaient mues par la vapeur (modèles d’Amédée Bollée en 1873 et de Léon Serpollet en 1889), mais ils ne purent s’imposer face au progrès du moteur alimenté par un carburant (gaz et surtout dérivés pétroliers).
Le moteur à explosion désigne en fait un moteur à combustion interne. C’est en 1859 que l’ingénieur belge Etienne Lenoir invente ce type de moteur qui s’avère révolutionnaire. Il utilise du gaz de ville, transformant l’énergie de la combustion en énergie mécanique (qui provoque un mouvement).
Les éléments de base de ce moteur sont une source d’allumage externe (bougie électrique), un ou deux pistons coulissants reliés à une bielle elle-même reliée par d’autres éléments aux essieux du véhicule, et enfin à deux soupapes (une pour l’injection du carburant et de l’air, l’autre pour l’échappement du gaz produit par la combustion). Perfectionné en 1862 par l’ingénieur Beau de Rochas, le « moteur à quatre temps » se répand et l’on considère que les premières automobiles ont été créées autour de 1880, en France et en Allemagne.
Ce véhicule doit son essor à l’industrie pétrolière et à l’exploitation du caoutchouc, pour la fabrication du pneumatique à la place de roues pleines (bandage Dunlop, 1888, pneu Michelin, 1891). Sa vitesse augmenta rapidement et en 1910 certaines voitures pouvaient atteindre 200 km / h.
En 1903, il est produit 30 200 voitures en France, bien plus qu’aux Etats-Unis (11 200). Leur nombre ne cesse d’augmenter ensuite et l’on estime aujourd’hui à 1 milliard le nombre de voitures en circulation dans le monde.
Le moteur à explosion a permis l’essor de véhicules de transport individuels et collectifs (les omnibus motorisés apparurent à Paris en 1906), le transport des marchandises (camions), de véhicules agricoles (tracteurs) et militaires, ainsi que des deux-roues. A partir de 1920, le moteur Diesel, fonctionnant au gazole selon une technologie différente, s’est parallèlement imposé dans les transports.
Le développement de ces véhicules a eu des conséquences immenses sur l’économie des Etats, les guerres, le développement routier, la production pétrolière, l’industrie chimique (pneus, carrosseries en résine, peintures, matières plastiques), la métallurgie, la mode, la recherche technologique mais aussi les accidents de la route, la santé, l’environnement…

Sont exposés dans cette section : une très belle maquette d’Hispano-Suiza réalisée en 1928 en tôle, cuir et tissu, chef-d’œuvre du compagnon sellier André Ondet, MOF ; une ossature bois de carrosserie automobile, chef-d’œuvre d’un compagnon charron et MOF réalisé en 1960 ; une remorque en tôle peinte, travail de cours des compagnons charrons du Devoir, réalisé vers 1990.

Voiture Hispano-Suiza

 

SUR L’EAU

L’observation des matériaux flottants a progressivement conduit à la fabrication de radeaux puis de bateaux à bords enfermant un volume d’air (barques, canoës, pirogues…). Au fil des siècles, les dimensions des bateaux n’ont cessé de croître. Il a fallu les rendre plus rapides, plus solides et plus stables (par la quille et le lest), tout en inventant des méthodes pour s’orienter en pleine mer (boussole).
L’énergie employée pour propulser les navires a d’abord été humaine (force musculaire), au moyen de rames. Ainsi ont été construites les galères à usage militaire en Méditerranée, de l’Antiquité à 1748. Mais ces navires étaient aussi équipés de voiles.
C’est la force du vent ainsi que les dimensions et l’orientation des voiles qui ont permis d’assurer les déplacements des bateaux jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Le Moyen Age a connu des caraques ou nefs. Durant la Renaissance ont été construites des caravelles (qui permirent les grands voyages d’exploration puis de commerce en Amérique, en Afrique, en Inde ou en Chine) et au XVIIe siècle des galions. L’apogée de la marine à voile se situe dans les années 1840, où les mers sont sillonnées de clippers à trois mâts.
Mais commencent alors à se multiplier les navires associant la force du vent et celle de la machine à vapeur alimentée au charbon, auquel succèdera le mazout. Les coques en fer puis en acier remplacent le bois.
Durant l’entre-deux-guerres les voiliers sont abandonnés tandis que les moteurs Diesel, alimentés au fioul, font leur apparition.
Les dimensions et le tonnage des bateaux ne cessent d’augmenter, aussi bien pour le transport des marchandises (cargos) que pour celui des personnes. Les grands paquebots sont construits de la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, tels le Great Eastern, de 212 mètres de longueur, ou le Queen Elizabeth (1940), de 83 000 tonneaux de jauge brute (le tonneau est l’unité de volume intérieur d’un navire de charge, équivalent à 100 pieds cubes ou 2, 83 mètres cubes).
La vitesse des navires a parallèlement augmenté : en 1838, le Sirius, équipé d’une machine à vapeur, accomplit la traversée de l’Atlantique (Liverpool – New-York) en 19 jours, à la vitesse de 6,7 nœuds, mais en 1952 l’United States l’accomplit en 3 jours et 12 h à la vitesse de 34,5 nœuds.
L’ère des grands paquebots pour le transport des personnes est révolue, sauf pour les croisières touristiques, en raison du développement des avions après 1960. En revanche, les navires transportant des marchandises sont toujours plus nombreux et gigantesques sur les mers (pétroliers, gaziers, minéraliers, chimiquiers, céréaliers, porte-conteneurs, frigorifiques, etc.), ce qui n’est pas sans poser de graves problèmes environnementaux en cas d’avarie.
La navigation fluviale, pour sa part, n’a cessé de se réduire. Aux barges, toues, gabarres, sapines…, propulsés par le vent, le courant et la force musculaire, ont succédé des péniches. Tractées par l’homme puis des chevaux et des engins motorisés, sur un chemin de halage, elles sont aujourd’hui dotées de moteurs.

Sont exposés dans cette section : une maquette de « sapine », bateau plat pour le transport des marchandises sur la Loire (vers 2000, prêt du musée d’art et d’histoire de Chinon) ; une maquette de paquebot ; un splendide voilier trois-mâts en bois détouré, œuvre du compagnon serrurier Léopold Habert, vers 1900 ; et… une petite luge en noyer et merisier, travail de cours d’un menuisier du Devoir de Liberté réalisé en 2006.



Maquette de paquebot


DANS LES AIRS

Voler comme un oiseau a toujours tenté l’homme mais ce n’est qu’au XVIIIe siècle que font leur apparition les premiers aérostats des frères Montgolfier, gonflés à l’air chaud. Trop dépendants des vents, ils ne permettaient pas des déplacements rapides et fiables, ni des transports de charges trop importants.
Les ballons dirigeables gonflés à l’hélium ou à l’hydrogène connurent à leur tour un grand succès à partir de 1880, en France et en Allemagne (construits par la firme Zeppelin), jusqu’à la catastrophe de l’Hindenburg en 1937. Les dirigeables de l’entre-deux-guerres, longs de 200 m et motorisés (alimentés à l’électricité ou à l’essence), permettaient de relier l’Allemagne aux Etats-Unis en 4 jours en transportant une centaine de passagers et des charges lourdes. 
Mais les ballons furent concurrencés dès la fin du XIXe par les avions. A partir de 1875, Clément Ader imagina des appareils volants (aéroplanes) qui parvinrent à décoller en 1890. Le premier vol motorisé sera réalisé par les frères Wright en 1902 et le 25 juillet 1909 Louis Blériot réalise la première traversée de la Manche en 37 minutes.
L’aéronautique était née. Elle se développa constamment, à des fins militaires, de transport de passagers, du courrier, de marchandises, ou pour les loisirs. Dès l’entre-deux-guerres les vols intercontinentaux étaient devenus courants mais les avions étaient encore propulsés par des moteurs à pistons et des hélices. Les turboréacteurs furent inventés durant la seconde guerre mondiale et appliqués à l’aviation civile en 1947 (Boeing B-47) et en 1949 (Comet). Les avions de ligne longs courriers volent aujourd’hui en autonomie sur des distances pouvant atteindre 15 000 km en transportant jusqu’à 500 passagers.
Les dimensions des avions et les charges transportées sont devenues très importantes à partir des années 1980. C’est ainsi que le plus gros avion-cargo demeure l’Antonov-225, qui vola en 1988. Long de 84 m, haut de 18 m, d’une envergure de 88 m et d’un poids de 285 tonnes, cet avion géant peut transporter une charge de 250 tonnes. Sa vitesse maximale est de 800 km / h et son autonomie varie de 4000 à 14 000 km selon sa charge.
Les avions présentent un impact important sur l’environnement (pollution par le kérosène, nuisances sonores, dérèglement climatique). Aussi des recherches sont-elles menées pour construire des engins volants utilisant d’autres sources d’énergie, comme celle captée par des panneaux solaires.

Sont exposés dans cette section : une maquette en tôle peinte de la fusée lunaire figurant dans l’album de Hergé On a marché sur la lune réalisée par les jeunes chaudronniers lors de cours chez les compagnons du Devoir, et l’avion de Blériot en tubes de cuivre, chef-d’œuvre de réception d’un compagnon plombier du Devoir (1998).

 Fusée lunaire


Mis en ligne le : 31/07/2013

Un important don de chansons compagnonniques

Un important don de chansons compagnonniques

Le petit-fils d'un compagnon maréchal-ferrant du Devoir vient de remettre au musée un ensemble de chansonniers et autres documents, ayant appartenu à Clément Edouard FRANCHET (alias Edouard BOYER), né en 1885 et décédé en 1974. Ce compagnon natif de Seine-et-Marne, dit "La Brie Marche Sans Peur", semble avoir été reçu à Bordeaux en 1904.

  Clément Edouard FRANCHET en 1904 (premier rang, à droite)

Le lot d'archives comprend notamment un cahier relié où le maréchal a copié soigneusement 19 chansons parmi les grands classiques de son temps (et d'aujourd'hui encore) : "La Gloire", "Les Adieux de Bordeaux", "Les Adieux d'un père à son fils", "La Mort du Provençal", "Le Roi et le Compagnon", "La Plante", "Le Blason", "La Chaîne d'alliance" ou encore "Les Adieux à la Touraine".

Ce chansonnier est magnifiquement illustré d'une page de titre au crayon et de dessins à l'encre de Chine inspirés de détails de lithographies compagnonniques. En plus de savoir ferrer les chevaux, La Brie Marche Sans Peur avait visiblement des talents de dessinateur !

Ce fonds comprend aussi trois gros cahiers manuscrits de chansons profanes et de monologues à la mode à la Belle Epoque, une vingtaine de partitions imprimées où figurent les succès de Dranem, Polin, Ouvrard, Mayol, etc. et d'autres feuillets de chansons. Enfin, une carte du bal de la St-Eloi 1903 à Béziers et deux belles photographies de la Saint-Eloi d'été et d'hiver 1904, à Bordeaux, complètent cet ensemble.

Merci à M. Jacques Franchet pour ce don qui permet d'enrichir la documentation du musée, en évitant que soient détruites ou dispersées sur les vide-greniers ou Internet ces précieuses archives.

Nous en profitons pour rappeler que le musée est l'un des centres de la mémoire compagnonnique et qu'il peut intégrer tous les documents dont les descendants de compagnons souhaiteraient assurer la préservation. Les chansonniers compagnonniques, en particulier, méritent d'être conservés car ils reflètent les modes de leur temps, témoignent des chansons les plus célèbres et d'autres oubliées ou même inconnues. A ce jour, plus de deux mille ont été recensées, mais il en reste bien d'autres à découvrir. A défaut de la remise des documents originaux, une photocopie permet de découvrir ce florilège extraordinaire. Le musée restitue rapidement les documents confiés, après copie. Pourquoi ne pas profiter de l'été pour examiner ce qui figure dans l'armoire du grand-père au grenier ?

Mis en ligne le : 29/06/2013

24, 25 et 29 juin : Saint-Jean, Saint-Éloi et Saint-Pierre

24, 25 et 29 juin : Saint-Jean, Saint-Éloi et Saint-Pierre

Parmi les saints fêtés en juin par les compagnons d'hier (et, quoique plus rarement, d'aujourd'hui), figurent saint Jean-Baptiste (le 24), saint Eloi (le 25) et saint Pierre (le 29 ). Qui sont ces saints ? Quels sont les compagnons qui les fêtaient ? Et pourquoi ?

Saint Jean-Baptiste est cité dans les Evangiles comme un prophète annonçant la venue du Messie. C'est lui qui baptisa Jésus dans les eaux du Jourdain. Plus tard, emprisonné par le roi Hérode, il périt décapité par le caprice de Salomé.
Saint Eloi, né à Chaptelat en Limousin vers 588, mort en 659, fut évêque, conseiller et trésorier des rois Clotaire II et Dagobert Ier. Il était aussi orfèvre. 
Saint Pierre, enfin, est l'un des douze apôtres du Christ. Il fut le premier pape à Rome.

Ces trois saints ont été honorés par les artisans des communautés de métiers (ou corporations) au Moyen Age et les compagnons du tour de France ont fait de même.
Saint Jean-Baptiste est le saint patron des compagnons tonneliers-doleurs du Devoir (rite de Maître Jacques) et des compagnons tonneliers-foudriers du Devoir de Liberté (rite de Salomon). La Saint-Jean était l'une des dates auxquelles ils recevaient de nouveaux compagnons et le lendemain de la cérémonie avait lieu diverses festivités, dont un banquet et un bal. Pourquoi avaient-ils adopté la Saint-Jean ? Parce que, selon l'une de leurs traditions, le saint aurait été décapité avec une doloire, lourde hache à lame rectangulaire, très tranchante, servant à la refente du merrain et à la confection des douelles. Les douelles ou douves sont les planches de chêne, de châtaignier ou d'acacia qui, une fois biseautées, cintrées, assemblées et cerclées, forment un fût.

Saint Jean-Baptiste était aussi fêté par les compagnons blanchers-chamoiseurs, mais pour une autre raison. Les blanchers-chamoiseurs du Devoir étaient des tanneurs spécialisés dans le travail des petites peaux de mouton et de chèvres. Ils avaient adopté ce saint comme patron, car dans les Evangiles il est écrit qu'il était vêtu d'une simple peau de chameau.

Enfin, les compagnons charrons puis charrons-carrossiers du Devoir fêtaient la Saint-Jean en recevant leurs nouveaux compagnons à cette date.

A la Saint-Jean succède la Saint-Eloi d'été. "D'été", car il existe aussi une Saint-Eloi d'hiver, qui se fête le 1er décembre. Cette date correspond à celle de sa mort tandis que le 25 juin est celle de la translation de ses reliques depuis l'abbaye de Noyon (Oise) jusqu'à la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Ces deux Saint-Eloi étaient fêtées par les compagnons maréchaux-ferrants, les compagnons forgerons et les compagnons selliers et bourreliers-harnacheurs du Devoir.
Ces corps de métiers ont adopté saint Eloi parce qu'il était orfèvre et travaillait les métaux. Etant toujours représenté en évêque, une crosse dans une main et un marteau dans l'autre, il est aussi devenu le saint protecteur des bourreliers et des selliers, qui emploient eux aussi un marteau lors de leurs travaux, pour clouer le cuir sur le bâti du collier de cheval. Les liens étroits existant entre les maréchaux-ferrants et les bourreliers, tous deux associés aux chevaux, ont favorisé ce commun patronage.

Quatre jours encore, et nous voici à la Saint-Pierre. Quatre corps de métiers encore célébraient saint Pierre. Les compagnons serruriers du Devoir (Maître Jacques) et ceux du Devoir de Liberté (Salomon), l'honorent en s'appuyant sur ces lignes de l'Evangile selon saint Matthieu : "Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux".

Les compagnons cordiers du Devoir organisaient aussi leur principale fête patronale le 29 juin en référence aux lignes qui suivent : "Quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié." Les cordiers s'appuyaient aussi sur l'épisode des Actes des apôtres qui relate la captivité de saint Pierre enchaîné et dit "aux liens". Or, qui fabrique les cordes et les liens, sinon les cordiers ?

Enfin, la Saint-Pierre était l'occasion de recevoir de nouveaux membres chez les compagnons charpentiers du Devoir (Soubise) (photo à gauche) et du Devoir de Liberté (Salomon), ainsi que chez les compagnons couvreurs du Devoir, lors du "passage de la Saint-Pierre".

On remarquera que dans plusieurs corps de métiers, ce sont deux dates distantes de six mois environ, qui sont celles où étaient reçus le plus de compagnons et durant lesquelles une fête plus importante était organisée : la Saint-Eloi d'été (29 juin) puis celle d'hiver (1er décembre) chez les maréchaux et bourreliers, ou encore la saint-Jean (24 juin) et la Sainte-Catherine (25 novembre) chez les charrons. Pour leur part, les blanchers-chamoiseurs, serruriers et cordiers recevaient surtout leurs autres compagnons lors de la Noël.

Ajoutons pour finir que les réceptions de la fin juin sont aussi à mettre en relation avec le solstice d'été (21 juin), date à laquelle le jour est le plus long et la lumière la plus intense. La correspondance entre la lumière et la seconde naissance symbolique du nouveau compagnon, son passage d'un état à un autre, n'est sans doute pas fortuite.

 


Saint-Éloi d'été des maréchaux-ferrants, Lyon, 1910


Saint-Jean des selliers, Lyon, 1930

Pour en savoir plus : "Les saints patrons des métiers du Compagnonnage", par Laurent Bastard, conférence publiée dans les Fragments d'histoire du Compagnonnage, n° 6, p. 6 à 59.

Mis en ligne le : 29/05/2013

L'ouvrier est dans son assiette

L'ouvrier est dans son assiette

«L'ouvrier est dans son assiette  » est l'une des « P’TITES Z’EXPOS » présentée au musée du Compagnonnage du vendredi 1er mars au dimanche 14 avril 2013.
Que nous racontent les 36 assiettes exposées ? D’abord, que les fabricants ont rivalisé d’imagination pour transformer un objet utilitaire en pièce décorative, sans que ces fonctions soient exclusives l’une de l’autre. Ensuite que le monde des métiers y a trouvé sa place depuis le XVIIIe siècle, sous des thématiques variées. Et enfin, que le plaisir d’un repas est associé à son contenant, qui peut, tour à tour, exprimer la piété, l’humour, l’engagement, le souvenir…
Il peut s’agir d’assiettes fabriquées par des céramistes locaux, pour répondre à une commande individuelle (assiettes patronymiques, anniversaires) ou à celle d’une association (série limitée pour des commémorations, des cérémonies). Il peut aussi s’agir d’assiettes fabriquées en série par des fabricants qui les diffusaient dans toute la France : scènes de genre, saints patrons, personnages célèbres, évènements politiques, réalisées par les fabriques de Gien, Creil-Montereau, Sarreguemines, Choisy-le-Roi, en particulier.
Modeste par le nombre de pièces présentées et par la surface disponible, cette exposition n’a d’autre but que de faire découvrir au visiteur une partie de collections conservées dans les réserves du musée ou chez des particuliers. Elle est la première des « P’tites Z’Expos » qui seront présentées dans la première salle du musée, deux fois par an, durant un ou deux mois.

LES THÈMES ÉVOQUÉS

I – LES SAINTS PATRONS DES MÉTIERS
A l’occasion de la naissance d’un enfant, d’un sacrement (baptême, communion), d’un anniversaire, les parents, parrains ou amis de la personne concernée lui offraient une pièce de vaisselle, assiette, plat, gourde, en céramique ou en métal, à son nom. En gage de protection, l’assiette patronymique était illustrée par la représentation d’un saint, associé à une scène de métier qu’il avait exercé ou qu’il protégeait. A partir du milieu du XIXe siècle, les fabriques de céramiques industrielles diffusent aussi des séries sur le thème des saints patrons des métiers et participent au renouveau du catholicisme menacé par la montée de l’anticléricalisme.
1. Saint René, patron des sabotiers.
Terre cuite polychrome, sans nom de fabricant (fin XVIIIe siècle) au nom de « René laurent 1780 ». Diamètre : 22 cm. Coll. M. du Comp.
Saint René, évêque angevin ou italien du Ve siècle, se serait retiré dans les forêts pour y vivre du métier de sabotier (fête le 12 novembre). Il est représenté à gauche, avec ses attributs épiscopaux (crosse et mitre) bénissant un petit enfant emmailloté, qui est sans doute le dédicataire de l’assiette. A droite, un sabotier, assis sur un banc, façonne une pièce de bois avec une hache de type doloire ou hachereau.

 Saint René, patron des sabotiers

2. Saint Crépin et saint Crépinien, patrons des cordonniers.
Porcelaine de la fabrique L. M. et Cie - Creil et Montereau (Louis Lebeuf et Jean-Baptiste Milliet), 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. L. B.
Les deux saints, exerçant le métier de cordonnier, furent martyrisés à Soissons en 285. Ils sont représentés dans l’exercice de leur métier, revêtus d’un tablier à haute bavette pour se protéger des outils pointus ou coupants (alènes, poinçons, tranchants). L’un, debout, tient un couteau à pied et l’appuie sur une pièce de cuir. L’autre maintient une chaussure sur sa cuisse à l’aide d’une courroie appelée « tire-pied ». Près d’eux, on distingue un baquet à tremper le cuir (appelé « baquet de science ») et un marteau à clouer.
3. Saint Nicolas, patron des mariniers.
Porcelaine de Gien, Geoffroy et Cie, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre 20 cm. Coll. L. B.
Selon la légende, saint Nicolas, évêque du IIIe siècle, sauva trois enfants enfermés par un boucher dans un saloir ; déposés dans une cuve sur une rivière, ils furent recueillis par des mariniers (fête le 6 décembre). L’assiette nous montre le saint évêque étendant la main sur trois enfants dans un baquet. A l’arrière-plan, des bateaux de la marine fluviale, un bateau-lavoir où sèchent des draps, des voiles, une « piautre » (gouvernail) rappellent que le saint protège les bateliers. Le château qui s’élève sur la rive opposée semble inspiré de celui de Gien (Loiret). Le marli est décoré de fleurs et d’emblèmes religieux (croix, couronne d’épine, instruments de la Passion, sacré cœur de Jésus).

 Saint Nicolas


4. Saint Vincent, patron des vignerons.
Porcelaine de la fabrique L. M. et Cie – Creil et Montereau, 2e moitié du XIXe s. Diam. :  20 cm. Coll. M. des Vins de Touraine.
Saint Vincent, martyr en 304 à Valence, est le patron des vignerons en raison de la consonance de son nom (fête le 22 janvier). En habits sacerdotaux, il tient dans une main la palme des martyrs et dans une autre une grappe de raisin. Autour de lui s’alignent des rangs de vigne et sont posés deux fûts et un pressoir. Marli à décor floral.

 Saint Vincent


5. Saint Joseph, patron des charpentiers.
Porcelaine de la fabrique L. M. et Cie - Creil et Montereau, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. M. du Comp.
Saint Joseph, père de Jésus, est un charpentier selon les Evangiles. Il tient ici un grand compas pointé sur une poutre et une longue règle. A ses pieds on voit un niveau à plomb et à l’arrière-plan, une pièce de bois reposant sur un tréteau. A gauche, on distingue Marie et l’enfant Jésus, selon l’imagerie classique de la Sainte Famille. Décor floral sur le marli.

 Saint Joseph


6. Saint Joseph, patron des charpentiers.
Porcelaine de Gien, Geoffroy et Cie, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. M. du Comp.
Saint Joseph tient dans une main un lys, attribut de la pureté, et dans l’autre un grand compas pointé sur un plan de charpente. Il est au centre d’un chantier évoqué par une cognée, un établi et une varlope et, à l’arrière-plan, deux scieurs de long refendant une poutre. Sur le marli, décor floral et emblèmes religieux, comme sur l’assiette de saint Nicolas, de la même série.

Saint Joseph

II - LES MÉTIERS EN ACTION
Fabriquées pour des particuliers fiers de leur activité, pour les plus anciennes, ou en série, pour illustrer un thème pittoresque, ces assiettes illustrent les nombreuses activités professionnelles des XIXe et XXe siècle. Durant la seconde moitié du XXe siècle, certaines reprennent des images plus anciennes, les métiers disparus ou en passe de l’être commençant à entrer dans le folklore.
7. Le vigneron.
Terre cuite polychrome, sans lieu ni nom de fabricant, début du XIXe siècle. Diamètre : 23 cm. Coll. M. des Vins de Touraine.
Assiette patronymique : « Lautomne. François Pivoit 1805-An XIII ». Un personnage à demi-vêtu d’une peau de bête, tient une serpette dans une main et, de l’autre, maintient droit un échalas autour duquel s’enroule un pied de vigne. Ce vigneron est probablement une représentation de saint Jean-Baptiste, que l’Evangile décrit comme vêtu d’une peau de chameau, car ce saint est aussi le patron des tonneliers.

 Le vigneron

 
8. Le marchand de verres à boire.
Porcelaine, sans nom de fabricant, 2e moitié XXe s. Diam. : 25 cm. Coll. M. des Vins de Touraine.
« Paris 1600 – Marchand de verres » : inspiré d’une gravure du XVIIe siècle, cette assiette nous montre un marchand ambulant transportant sa fragile marchandise sur un étal porté en tablier, où est adapté (peut-être de façon imaginaire), un arbuste aux branches à-demi coupées, où sont accrochés des verres à boire.

 Le marchand de verres à boire


9. Le savetier.
Porcelaine de Sarreguemines, à décor « perse », 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. L.B.
Titrée « L’art d’accomoder (sic) les restes », l’assiette nous montre un savetier qui fait du neuf avec du vieux, selon l’expression. Pensif, il examine la semelle d’une bottine dans son atelier où s’empilent des bottes dans un coin, et sur sa table de travail un morceau de cuir, un soulier, un marteau, une coupelle à teinture. Au pied de la table se trouve le « baquet de science » destiné à faire tremper le cuir sec. Au mur est accrochée la cage de la linotte ou d’un autre oiseau chanteur, compagnon du savetier ou du cordonnier.

 Le savetier


10. Le tanneur.
Terre cuite polychrome émaillée, imitation ou copie d’une assiette du XVIIIe siècle, réalisée au XXe siècle. Diamètre : 23,5 cm. Coll. L. B.
Un tanneur ou mégissier, tenant son couteau à deux manches, écharne ou ébourre une petite peau posée sur un chevalet. Le dessin est peu fiable sur le plan documentaire, tant par la tenue et la position de l’outil que par le support de la peau, posée sur une table au lieu d’un véritable chevalet semblable à un demi-tronc d’arbre.

 Le tanneur

11. Le marchand de journaux.
Porcelaine de la Société amandinoise de faïencerie, à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) ; dessin signé « R. Merrheim br. » (breveté) ; début du XXe siècle. Diamètre : 19,5 cm. Coll. Muriel Méchin.
Légendée « -Demandez dans la rue !! les derr-nières nouvelles !! », l’assiette nous montre un marchand de journaux annonce les dernières nouvelles du journal (imaginaire) « Dans la rue », en reversant les passants dans sa course.

 Le marchand de journaux


12. Le marchand de vinaigre.
Terre cuite polychrome émaillée de la faïencerie tourangelle de Léon Brard (1830-1902) ; 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre. 25 cm. Coll. M. des Vins de Touraine.
Titrée « Voilà du bon vinaigre – 1793 », l’assiette nous montre un marchand ambulant de vinaigre sous la Révolution. Il porte une jarre sur le dos, une mesure à verser dans une main et une clochette dans une autre, pour annoncer son passage aux habitants des maisons situées à l’arrière-plan.

 Le marchand de vinaigre

13. Le cordonnier.
Porcelaine de Choisy-le-Roi ; 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 21 cm. Coll. L. B.
Titrée « Un philosophe », cette assiette illustre la bonne humeur supposée des cordonniers et  des savetiers, malgré leur indigence. Celui-ci, assis sur un tabouret, chante en travaillant dans son atelier qui est aussi sa chambre à coucher. Sa fenêtre est ouverte et on distingue sur le rebord un pot de basilic, destiné à atténuer l’odeur de la poix et du cuir. Autour de sa main levée, on distingue la manique, pièce de cuir destinée à protéger la paume ; l’autre main, également protégée, tient le fil poissé à coudre les pièces de cuir. Un tire-pied maintient une chaussure sur son genou. Devant lui, sur une table de travail, on distingue l’outillage de son métier : marteau, tranchant, coupelle à teinture. Une bouteille fait allusion à la supposée propension à boire des ouvriers cordonniers. Une pie, sa compagne apprivoisée, se tient sur la table. A ses pieds : le fameux « baquet de science », des formes en bois, un panier de chaussures et de bottes renversées. Le dessin restitue fidèlement le décor des petits ateliers d’artisans cordonniers qui ont subsisté jusqu’au milieu du XXe siècle.

 Le cordonnier
 
III – SATIRES ET CALEMBOURS
On était friand durant la seconde moitié du XIXe siècle et jusque durant l’entre-deux-guerres, de gauloiseries, calembours, jeux de mots, et autres farces représentatives d’un humour bon enfant. Certaines professions étaient l’objet de moqueries, au premier rang desquelles les pompiers (pour leur ivrognerie), les cordonniers (chanteurs, ivrognes, bossus, misérables) mais aussi les militaires (bidasses, bleus), les paysans (naïfs), etc.
14. Les pompiers.
Porcelaine sans marque de fabricant ; fin du XIXe ou début du XXe s. Diamètre : 19 cm. Coll. L. B.
Légende : « Si c’est le discours du capitaine qui te fige le cœur, mon vieux Pignouflet, crache-le ! ». Un pompier en uniforme présente son casque à son camarade pris de vin, pour qu’il s’y soulage. A l’arrière-plan, devant l’enseigne d’un marchand de vin, un troisième pompier brandit une bouteille. Dessin satirique faisant allusion à l’ambiance festive et alcoolisée régnant au sein des compagnies de sapeurs-pompiers.
 
 Les pompiers

15. Le tanneur et l’empereur de Turquie.
Porcelaine de Digoin et Sarreguemines, entre 1871 et 1913. Diamètre : 18 cm. Coll. L. B.
Dans la série « Devinettes », l’assiette n° 2 pose celle-ci : « - Pourquoi un tanneur est-il l’égal de l’empereur de Turquie ? ». La réponse est imprimée au dos : « Parce qu’ils sont tous deux sultan ». Le calembour repose sur le mot « sultan », qui équivaut à peu près à « empereur de Turquie » et qui se rapproche de « sur le tan », le tan étant la poudre d’écorce de chêne broyée destinée au tannage des cuirs en fosses. Un bourgeois en redingote, haut-de-forme, parapluie et bésicles, se tient le menton en signe de réflexion, devant un personnage de foire costumé à l’orientale, devant un stand de bateleur qui vend la « pommade merveilleuse, l’onguent miraculeux des derviches ».

 Le tanneur et l'empereur de Turquie


16. Le compagnon du tour de France.
Porcelaine de Sarreguemines, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. L. B.
Titre : « Allant faire son tour de France ». Un grand jeune homme maigre, coiffé d’un gibus, un bâton sur l’épaule au bout duquel est accroché un balluchon, converse avec deux enfants d’un village. Le plus petit porte lui aussi un chapeau haut-de-forme sur la tête et tient un bâton : probablement rêve-t-il de faire plus tard, comme le garçon, son tour de France de compagnon. L’assiette illustre la popularité du tour de France au XIXe siècle mais présente le compagnon sous des traits quelque peu ridicules.

 Le compagnon du tour de France

17. Le scieur auvergnat.
Porcelaine de Creil et Montereau, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. L. B.
Dans la série « Balançoires », cette assiette nous montre un châtelain et son épouse qui marquent leur surprise et leur dédain devant les propos d’un vieux scieur de long venu travailler sur le domaine. Il s’agit d’un Auvergnat qui pratique l’émigration saisonnière. Devant son tas de bûches, une scie à la main, et avec son accent caractéristique il dit au comte : « Mr le comte, j’ai chié pour votre grand-père, j’ai chié pour votre père, je chirai bien pour vous, fouchtra ! ». La prononciation auvergnate des s en ch provoque une ambiguïté comique.
18. Le savetier Crépignard.
Porcelaine de Gien, fabrication de Guyon de Boulen et Cie ; 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 21 cm. M. du Comp.
Assiette de la série « Musée pour rire », légendée : « Père Crépignard ! Auriez-vous la monnaie de deux sous en pièces de six francs ? ». La scène nous montre un polisson qui a crevé les vitres en papier huilé de l’atelier d’un savetier ou cordonnier, et qui lui demande une chose impossible (on ne peut recevoir plus d’argent qu’on en donne à changer). Le savetier, bossu comme l’imagerie populaire le représentait souvent, est assis sur son tabouret, près de son outillage : table, baquet de science, tire-pied, forme en bois, pinces, alènes, ciseaux. Son épouse, une grande femme maigre, un fichu sur la tête, tient un balai pour chasser le garnement. L’intérieur de cette maison à colombages et sans vitres est des plus modestes : les cordonniers étaient des gagne-petit et ils souffraient depuis le Moyen Age de  quolibets sur leur condition.

IV – LA RÉVOLUTION DE 1830
Lorsque l’oppression est trop forte et que les libertés sont bafouées, le peuple se révolte, prend les armes et renverse les tyrans. Le XIXe siècle a connu plusieurs épisodes révolutionnaires : en 1830, contre Charles X, en 1848, contre Louis-Philippe et en 1871, pour instaurer la Commune après la chute du second empire. D’autres sursauts révolutionnaires, de grandes grèves, éclatèrent aussi à Lyon (révoltes des canuts de 1831, 1832, 1834) et à Paris (grèves du bâtiment). La révolution de 1830, en particulier, a été illustrée par de nombreuses assiettes.
19. La prise de l’Hôtel de Ville.
Porcelaine sans marque de fabricant ; vers 1830. Diamètre : 21 cm. Coll. Patrick Fonteneau.
Le 28 juillet 1830 est la deuxième journée des « trois glorieuses », qui mirent fin au règne de Charles X et placèrent sur le trône Louis-Philippe d’Orléans. C’est au cours de cette journée que fut pris l’hôtel de ville de Paris. L’assiette illustre l’épisode par un groupe d’insurgés (ouvriers, étudiants, garde national) faisant le coup de feu. Le marli est orné d’un décor floral, de drapeaux tricolores et d’un coq, emblème de la monarchie de Juillet.
20. La rue Saint-Denis.
Porcelaine de marque « P. et H. Choisy » ; vers 1830. Diamètre : 20 cm. Coll. Patrick Fonteneau.
De violents combats opposèrent les insurgés et l’armée rue et porte Saint-Denis, le 28 juillet 1830. Derrière une barricade, un garde national (bonnet à poils) vise avec son fusil. Un autre combattant saisit une cartouche dans la boîte du garde. Un troisième déchire la cartouche entre ses dents pour l’introduire dans le canon de son arme. Le drapeau tricolore est planté sur la barricade.

 La rue Saint Denis


21. « Aux Français morts pour la liberté ».
Porcelaine de Gien, vers 1830. Diamètre : 21 cm. Coll. Patrick Fonteneau.
Un garde national, une femme, un soldat, un ouvrier agenouillé manifestent leur respect devant une croix et une colonne érigée à la mémoire des combattants tombés durant les trois journées de la révolution de 1830. Au premier plan, un chien famélique se tient sur une dalle mortuaire, illustrant le récit du chien fidèle qui se laissa mourir sur la tombe de son maître, inhumé au Louvre.

 Aux Français morts pour la Liberté

22. Chanson « La Parisienne ».
Porcelaine L. Lebeuf et Thibault, à Montereau, vers 1830. Diamètre : 21 cm. Coll. Patrick Fonteneau.
Au verso, ont été gravés sur l’émail le nom du propriétaire « Batut Charles tailleur de pierre » et des caractères incompréhensibles. Un cortège funèbre est précédé des tambours de la garde nationale, conduisant au Panthéon une des victimes des combats de juillet. L’épisode est illustré par dix vers d’une chanson de l’époque : « La Parisienne ».

 La Parisienne


23. Chanson « Le Chant des chasseurs ».
Porcelaine L. Lebeuf et Thibault, à Montereau, vers 1830. Diamètre : 21 cm. Coll. L. B.
Le drapeau tricolore est hissé sur une barricade et les insurgés tirent au canon et au fusil sur les militaires qui défendent les Tuileries. L’épisode est illustré par onze vers d’une chanson de l’époque : « Le Chant des chasseurs ».

 Le chant des chasseurs

V – LA VIE POLITIQUE
Les fabricants d’assiettes du XIXe siècle les ont illustrées par les portraits des gouvernants, monarques, empereurs, présidents de la République… Ils ont aussi prêté aux ouvriers et gens de métiers des positions favorables ou opposées aux pouvoirs en place.
24. Le journal « Le Siècle »
Porcelaine de marque H. B., Choisy-le-Roi, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 19 cm. Coll. L. B. 
Première d’une série de 12 assiettes sur la presse de l’époque, celle-ci nous montre l’intérieur d’un cabaret où sont des ouvriers et un employé commentant le journal « Le Siècle » (républicain), sous l’œil du patron, bras croisés, près de son comptoir. Légende : « Rien qui donne soif comme celui-là ». Le marli est orné des emblèmes des quatre régimes : la République (buste de Marianne, faisceaux), l’Empire (premier ou second, par un aigle), la Monarchie des Bourbons (écu à fleur de lys, main de justice, couronne) et la Monarchie de Juillet (le coq).
25. L’imprimeur.
Porcelaine de marque H. B., Choisy-le-Roi, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 19 cm. Coll. M. Méchin.
Dernière d’une série de 12 assiettes sur la presse de l’époque, l’assiette nous montre un imprimeur portant une liasse de journaux dans son atelier, où l’on distingue les rouleaux à encrer. Lui approuverait la censure de la presse, car son métier le contraint à tous les lire : « Pas fâché qu’on les supprime tous, car franchement j’y perdais la tête, moi qui les lis tous forcément ». Le marli est orné des emblèmes des régimes politiques du XIXe siècle : République, Empire, Monarchie des Bourbons et Monarchie de Juillet.

 L'imprimeur

26. Félix Faure, président de la République.
Porcelaine de Sarreguemines, vers 1895. Diamètre : 21,5 cm. Coll. L. B.
Assiette de propagande dont les différentes scènes, autour du portrait de Félix Faure, président de la République (1841-1899), sont destinées à illustrer ses origines modestes et populaires et sa réussite par le travail, selon les valeurs de la IIIe République. En haut, la première scène, datée de 1850, montre l’enfant dans l’atelier de son père, menuisier-ébéniste à Paris, faubourg Saint-Antoine. A gauche, Félix Faure, en 1860, est ouvrier tanneur à la manufacture Dumée, à Amboise ; il écharne un cuir au couteau à dérayer ; un foulon ou « dame », est posé à ses pieds ; la scène du bas nous montre Félix Faure sur les quais du Havre, en 1875, où il avait fondé un négoce de peaux brutes ; la quatrième et dernière scène, à droite, nous le montre à la tribune de l’Assemblée nationale, en 1890, alors qu’il était député républicain de la Seine-Inférieure. Autour du portait sont dessinés les emblèmes du travail (la ruche), du commerce (le caducée de Mercure), de la tannerie et de la menuiserie (le foulon et le maillet) et de l’activité portuaire (l’ancre de marine).

 Félix Faure
 
27. Chanson « Le baptême du p’tit ébéniste ».
Porcelaine de Creil et Montereau, 2e moitié du XIXe siècle. Diamètre : 20 cm. Coll. L. B.
Deuxième exemplaire d’une série sur « La chanson à tous les âges », cette assiette est illustrée par une chanson censée se chanter pour les deux ans d’un enfant. Chez un menuisier, dont on voit une scie accrochée au mur, on assiste à un repas de famille ; des bouteilles sont sur la table, des verres emplis. En bout de table se tient une mère et son enfant tandis que le père, debout, interprète la chanson dont les paroles du premier couplet figurent sur un cartouche : « Que j’aime à voir autour de cette table, / Des scieurs de long, des ébénisses, / Des entrepreneurs de bâtisses, / Que c’est comme un bouquet de fleurs / Où c’qu’il y en a de toutes les couleurs. » Il s’agit de la chanson « Le Baptême du p’tit ébéniste », composée vers 1850 par Charles Plantade (1787-1870) et qui fut longtemps interprétée par Jean Berthelier (1830-1888). Trois couplets exaltent Béranger, Napoléon, le drapeau français. Cette chanson, prêtant à un ouvrier des propos politiques exprimés avec des mots simples, connut un très grand succès jusqu’à la fin du XIXe siècle. Gérard de Nerval en reproduit le premier couplet dans « Les Nuits d’octobre » (1852).

 Le baptême du petit ébéniste

VI – ANNIVERSAIRES  COMPAGNONNIQUES
Il existe aussi des assiettes et plats décoratifs, fabriqués à l’unité ou en série limitée par des céramistes locaux, pour honorer les cinquante ans d’activité d’un compagnon fidèle à sa société. Cette coutume ne semble se répandre qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle, en reprenant la coutume des compagnons du siècle précédent (surtout des tanneurs, parfois des boulangers et des maréchaux-ferrants) qui se faisaient confectionner une gourde-souvenir en faïence à leur nom, durant leur tour de France.
28. Assiette de « Manceau l’Ami des Arts ».
Terre cuite polychrome émaillée ; monogramme et texte au dos : TE fait main ; 1984. Diamètre : 25 cm. M. du Comp.
Sur le marli : « Manceau l’Ami des arts C. Charron 1934-1984 50 ans de compagnonnage ». Au centre : blason des compagnons charrons du Devoir composé d’un compas et d’une équerre entrecroisés avec une roue entre les deux outils, des rameaux et les lettres D. P. L. D. de la devise des charrons (Dieu Protège Le Devoir). Assiette offerte à Albert Opportune (1915-2008) pour les cinquante ans de sa réception, à la Saint-Jean 1934, à Marseille.

 Manceau l'Ami des Arts

29. Assiette de « Parisien Le Bien Aimé ».
Terre cuite polychrome émaillée ; texte au dos : « Peint à la main par M. B. F. A. Pornic MOF » ; 1980. Diamètre : 26 cm. Musée du Comp.
Sur le marli : « Bossu Maurice dit Parisien L. B. A. Lyon St-Jean 1930. Cavaillon 1980 ». Au centre : blason des compagnons selliers du Devoir composé d’un compas entrecroisé avec une équerre, et au centre un couteau à pied, entouré des lettres U.V.F.T. de la devise des selliers. Assiette offerte à Maurice Bossu (1911-1984), compagnon sellier du Devoir établi à Cavaillon (Vaucluse), pour les cinquante ans de sa réception, à la Saint-Jean 1930, à Lyon.
30. Assiette de « Poitevin l’Ami du Travail ».
Terre cuite polychrome émaillée, de forme octogonale ; texte au dos : « Faïences Vauvert n° 5101. Fait main à Rochecorbon Indre et Loire. A. D. » (Annie Desplanques). 1995. Hauteur et largeur : 27 cm. Musée du Comp.
Sur le marli : chaîne, symbole de l’union des compagnons. Au centre : « Union Compagnonnique des Devoirs Unis. Cayenne de Tours ». Blason de l’Union composé d’un triangle en gloire enfermant le tétragramme sacré, compas entrecroisé avec une équerre, lettres U C en monogramme, palmes de laurier et de chêne. En dessous : « Au P. (= Pays) Jacob C. cuisinier Poitevin l’Ami du Travail Pour son cinquantenaire C. 8 octobre 1995 ».
31. Plat de « Parisien le Bien Aimé ».
Porcelaine de Limoges ; texte au dos : « Décor fait main, atelier de décoration sur porcelaine Manuel Jourdan, Marseille 1980 ». Diamètre : 31 cm. Musée du Comp.
Au centre, reproduction de l’estampe de Perdiguier publiée en 1858 sous le titre « Le Compagnonnage illustré » et représentant un compagnon cordonnier du Devoir en tenue de cérémonie. Au-dessus, dédicace : 1930 Famille du cuir 1980. Parisien le Bien Aimé Reçu pour la Saint-Eloi d’été ». La Saint-Eloi dite d’été (25 juin)  se fête presque le même jour que la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) et elles constituaient les dates de réception courantes des compagnons selliers, bourreliers, maréchaux-ferrants ou charrons du Devoir.

 Parisien le Bien Aimé
 
VII – COMMÉMORATIONS.
L’assiette est aussi un objet destiné à se souvenir d’une cérémonie, d’une fête, d’un évènement. Le compagnon l’achète ou se la voit offrir et se remémore ainsi l’épisode auquel il a participé.
32. Réception d’une Mère de compagnons charpentiers.
Terre cuite émaillée ; fabrique Chauvin Ibéria, à Bidart (Pyrénées-Atlantiques). Diamètre : 23,5 cm. M. du Comp.
Assiette-souvenir fabriquée pour la réception de Mme Solange Ithurriera, Mère de la cayenne d’Anglet (64), le 2 mai 1981. L’assiette est occupée par le blason des compagnons charpentiers des Devoirs, composé de rameaux entourant un compas, une équerre et une bisaiguë. Les lettres U. P. S. F., initiales d’une devise des compagnons charpentiers associée à une réception de Mère, accompagnent ce blason. Sur le marli, lettres UVGT et INDG, initiales des devises propres aux deux groupes de compagnons charpentiers (Soubises et Indiens) réunis en 1945 pour former les compagnons charpentiers des Devoirs.

 Mère de compagnons charpentiers
 
33. Sainte-Anne des compagnons menuisiers du Devoir de Liberté
Porcelaine de Limoges ; 1973. Diamètre : 25,5 cm. M. du Comp.
Assiette-souvenir de la Sainte-Anne 1973, à Limoges, fête nationale des compagnons menuisiers et serruriers du Devoir de Liberté qui se tint dans cette ville cette année-là. La devise « Honneur aux arts » accompagne le blason des compagnons M. S. D. D. D. L. composé d’une équerre, d’un compas et autres emblèmes, et des lettres E.D.G.R.S. (Enfants du grand roi Salomon). En-dessous, représentation classique de sainte Anne apprenant à lire à Marie.
34. Centenaire de l’Union Compagnonnique
Porcelaine de Limoges ; 1989 ; fabrication Artoria, Limoges. 1989. Diamètre : 24 cm. M. du Comp.
Assiette-souvenir de la fondation de l’Union Compagnonnique en 1889 et de l’inauguration du siège de cette société à Versailles en 1989. Sur le marli : Centenaire de l’Union Compagnonnique – Lucien Blanc fondateur Lyon 1889. Au centre, portrait de Lucien Blanc, compagnon bourrelier (1823-1909), dit « Provençal le Résolu », sur fond de carte de France. En dessous, blason de l’Union Compagnonnique et dessin du pavillon des Italiens, siège de l’U.C. à Versailles, accompagné du titre : « Siège national de Versailles inauguré le 30 septembre 1889 ».
35. Congrès des compagnonnages européens.
Porcelaine de Limoges ; fabricant : Coquet, à Limoges. 1978. Diamètre : 29 cm. M. du Comp.
Sur le marli : « Compagnonnages européens – Europäische Gesellenzünfte » et blason de la Confédération des compagnonnages européens, la CEG (Compagnonnages Européens Gesellenzünfte), composé à l’intérieur d’une chaîne d’une bonne foi (mains serrées) et de deux cannes – l’une de compagnon germanique et l’autre d’un compagnon français – placées en sautoir. Au centre de l’assiette, une chaîne enferme un compagnon français qui tend la main vers un compagnon allemand, faisant de même en sa direction ; tous deux sont placés aux extrémités d’une carte de l’Europe. La CEG fut fondée en 1953 pour établir des liens fraternels entre les compagnonnages de France, d’Allemagne, de Suisse, de Belgique, du Danemark et de Scandinavie. Cette assiette fut fabriquée pour la tenue de l’un de ses congrès quinquennaux, celui de 1978, à Hambourg.
36. XXXIe congrès de l’Union Compagnonnique.
Porcelaine de Limoges ; sans nom de fabricant. 2002. Diamètre : 24 cm. M. du Comp.
Assiette-souvenir du 31e congrès de l’Union Compagnonnique qui se tint à Tours en août 2002. Au centre, texte : « Les Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis. XXXIè Congrès. Tours 22, 23 et 24 Août 2002 ». Une chaîne entoure les éléments emblématiques de la ville de Tours : la cathédrale Saint-Gatien, le pont Wilson sur la Loire et le TGV. Au centre : blason de l’Union Compagnonnique (compas, équerre et monogramme UC entre les deux). Légende de l’ensemble : « Compagnons du Tour de France des Devoirs unis. 1er congrès du 21ème siècle. ».

 Mis en ligne le : 28/02/2013

 

Des tonnelets insolites au Président de la République

Des tonnelets insolites au Président de la République

Dans la section des compagnons tonneliers-doleurs se trouvent cinq petits tonneaux qui ne manquent pas d’intriguer, malgré leurs dimensions réduites.
Ils ont été confectionnés à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Leurs fonds sont constitués de planchettes de bois d’essences différentes, afin de bien montrer les coupes et les assemblages rigoureux. Le chêne alterne avec un bois plus sombre (sans doute du châtaignier) et toutes les pièces sont de forme différente.

La particularité de trois de ces tonnelets réside dans leurs fonds, car aucun n’est semblable à celui qui lui est opposé. L’un est circulaire, l’autre est ovale ; l’un est en forme de cœur pointe en haut, l’autre est en forme de cœur pointe en bas ; l’un est ovale, l’autre également, mais couché.
Le tour de force ne s’arrête pas là. Le quatrième tonnelet ne comporte pas de fonds. Il est creux comme un gros rond de serviette bombé. Et pourtant, c’est bien un fût que l’on peut remplir, car le liquide se trouve alors enfermé entre deux épaisseurs de douelles, ces planchettes biseautées et cintrées qui joignent les deux extrémités d’un tonneau. C’est, en somme, un véritable outil de contrebande.
Le summum de la difficulté réside dans le dernier tonnelet. Lui aussi est constitué d’une double épaisseur de douelles mais, en plus, il comporte deux faux fonds à mi longueur, lesquels offrent un espace qui communique avec celui, caché, de la périphérie. Du grand art !

Qui est l’auteur de ces chefs-d’œuvre ? Il se nommait Victor PATRICE. Né le 19 juillet 1867 à Marancheville, sur la commune de Mainxe (Charente). Alors qu’il n’était âgé que de huit ans, il perdit son père, décédé à Angers en 1875. Sa mère et sa sœur s’établirent alors à Saint-Avertin, près de Tours.
Le jeune Victor entreprit un apprentissage de tonnelier-doleur (le doleur confectionne les douelles) et fut reçu compagnon du Devoir à Tours, en 1886, à Pâques, sous le nom d’Angoumois l’Ami des Arts. Il n’avait pas dix-neuf ans.

L'arrière grand-père du président.

Il s’établit ensuite à Saint-Léger-lès-Melle (Deux-Sèvres), au lieu-dit « Mardre ». C’est là, le 24 août 1891, qu’il épousa Marie Louise Lauquin, native de Melle.
Le couple eut trois enfants. Alexandre décèdera en bas âge. Antoinette verra le jour le 12 juin 1893. Georges, né le 1er décembre 1896, disparaîtra au combat le 4 mai 1917 à Bermericourt (Marne), durant la Grande Guerre.
Notre tonnelier et son épouse s’établiront vers 1896 à Cognac (Charente). Victor Patrice vivait encore dans les années 1930 mais il n’a pas été possible de retrouver la date précise de son décès.

Et alors, quel rapport avec le président de la République ? On y arrive…
La fille du compagnon tonnelier, Antoinette, va suivre des études et à 24 ans, elle est professeur à l’Ecole supérieure de Pons (Charente-Maritime). Elle épouse à Cognac, le 21 novembre 1919, un certain Gustave Léopold HOLLANDE… Lui est enseignant, et il est encore mobilisé avec le grade de lieutenant au 33e Régiment d’Infanterie.

Antoinette et Gustave Hollande quitteront les Charentes pour Rouen et Neuilly (où décèdera la fille du compagnon tonnelier en 1980).
Poursuivons la généalogie descendante pour en arriver au président de la République, car, vous l’avez compris, le patronyme Hollande est bien le sien !
Antoinette et Gustave Hollande auront deux enfants, dont Georges, médecin, lequel donnera naissance à son tour à deux garçons, dont François Hollande, né à Rouen le 12 août 1954.
Et voilà comment le 7e président de la Ve République est l’arrière-petit-fils d’Angoumois l’Ami des Arts, compagnon tonnelier-doleur du Devoir, dont les œuvres sont au musée du Compagnonnage de Tours !

Merci à Eric Fourthon, compagnon tonnelier du Devoir, de nous avoir signalé l’article de Patrick Guilloton sur ce sujet, paru dans le journal Sud-Ouest du 7 janvier 2012.


Tonnelet sans fond.

Mis en ligne le : 20/02/2013

 

Un jeu pour les enfants !

Un jeu pour les enfants !

Il est plein de couleurs, comporte le moins de mots possibles et colle un peu… Qu’est-ce ?

Le nouveau jeu pour les petits visiteurs !

Avec ses gommettes et ses jeux d’observation,  ce support de visite permettra aux – de 7 ans de découvrir le musée de manière plus autonome et de profiter de ce moment bien à eux, comme les grands !

A demander à l'accueil du musée !

 

Mis en ligne le : 06/12/2012

Fragments d'histoire du Compagnonnage n°14

Fragments d'histoire du Compagnonnage n°14

Le volume 14 des "Fragments d'histoire du Compagnonnage" vient de paraître ! Il rassemble les conférences données en 2011 en un fort volume de 231 pages grand format (21 x 30 cm), abondamment illustrées.
Prix : 22 €
Disponible à la boutique du musée ou par correspondance.

Au sommaire : 
- Histoire de l'Alliance compagnonnique tourangelle : L. Bastard relate, à partir des archives de cette société, l'origine, les buts, les réalisations et les péripéties de cette association plus que centenaire qui réunit aujourd'hui des compagnons de l'Association ouvrière et de la Fédération compagnonnique.

- Auguste Proud, un fabricant lyonnais de cannes compagnonniques : J. Philippon, R. Teulet et S. Etienne racontent comment ce compagnon charron établi à Oullins, près de Lyon, en 1892, est devenu, avec son fils, l'unique fabricant de centaines de cannes pour les compagnons de tous les Devoirs jusque dans les années 1930.

- Rites et symboles des compagnons : une construction permanente : L. Bastard montre que la "tradition compagnonnique" s'est nourrie depuis ses origines d'éléments extérieurs (christianisme, armée, franc-maçonnerie, mutualité) pour adapter à chaque époque le langage muet de ses rites et de ses symboles.

Mis en ligne le : 22/11/2012

11 Novembre :  les compagnons et la Grande Guerre

11 Novembre : les compagnons et la Grande Guerre

 

Après plus de quatre ans de combats, l'armistice sonne enfin ! Les conséquences de la Grande Guerre ont été terribles pour les compagnons de tous les métiers et Devoirs. Au moins 500 aspirants et compagnons ont disparu lors des combats ou sont morts des suites de blessures et de maladies. Certains d'entre eux portaient les espoirs d'un relèvement de corporations amoindries au début du siècle, ou avaient engagé des réformes qui furent brisées : ainsi en fut-il du compagnon couvreur Alfred Bonvous fils, "Angevin Coeur de France", tué à Verdun en 1916, et à la mémoire duquel son père dédia un magnifique chef-d'oeuvre exposé au musée.
 
Des cayennes disparurent faute d'effectifs. Le tour de France fut interrompu. Les caisses de secours pour les veuves et les orphelins furent sollicitées sans cesse et, faute de cotisations, ne parvinrent plus à remplir leur rôle. Il en fut de même des caisses de retraite. Après la guerre, les transformations techniques affectèrent plusieurs métiers, dont ceux associés aux chevaux, remplacés par les véhicules motorisés : charrons, maréchaux-ferrants, bourreliers.
 
Si la remontée des effectifs fut lente et difficile, les compagnons ne restèrent pas inactifs. Ils lancèrent des réformes et se mobilisèrent pour se faire connaître auprès des jeunes ouvriers. La fraternité imposée dans les tranchées rapprocha les compagnons de Devoirs autrefois ennemis. Après la guerre, des liens se tissèrent partout en France entre le Devoir, le Devoir de Liberté et l'Union Compagnonnique, pour mettre en place une vaste Fédération générale du Compagnonnage (qui n'aboutit pas...). Les conséquences directes et indirectes de la Grande Guerre se poursuivirent durant une quarantaine d'années.
 
Cette période tragique de l'histoire des compagnons a été contée par Jean Philippon en 2007, lors d'une conférence sur "Les compagnons dans la Grande Guerre", que l'on peut découvrir dans les Fragments d'histoire du Compagnonnage n° 10. Pour commander ce volume, cliquez ici 

 

 Plaque commémorative, Musée du Compagnonnage

 Mis en ligne le : 30/10/2012

A la mémoire de François Berge,

A la mémoire de François Berge, "La Franchise de Couesmes"

 Le musée vient de s’enrichir de souvenirs relatifs à un compagnon passant tailleur de pierre, remis par son arrière-petit-fils, M. Jacques SUTEAU. Il s’agit d’une règle de proportions en laiton, d’une croix de chevalier de l’Ordre de Jacques et Soubise, de documents et de photographies. Ces objets concernent François BERGE, dit « La Franchise de Couesmes ». Mais qui était ce compagnon ?

François Berge, né le 16 février 1869 à Couesmes, village du nord-ouest de l’Indre-et-Loire, était un fils de cultivateurs. Il apprit le métier de maçon puis celui de tailleur de pierre. Il suivit les cours de stéréotomie à l'école des Beaux-Arts de Tours, où il fut un brillant élève, puis il partit sur le tour de France. Il fréquenta à Bordeaux les compagnons passants tailleurs de pierre chez lesquels il fut reçu à l'Ascension 1894 sous le nom de "La Franchise de Couesmes". De retour en Touraine, il se maria et occupa jusqu'à la fin de sa vie une place de contremaître dans une entreprise tourangelle.

 A partir de 1918, Berge fut à son tour professeur de trait à l'école des Beaux-Arts de Tours. Son directeur disait de lui lors de ses obsèques : "Sa réputation s'étendait bien au-delà des limites de notre ville et de notre Touraine et nombreux sont les jeunes ouvriers qui sont venus de tous les coins de la France pour profiter de son enseignement. Il adorait son cours et ses élèves. Après une dure journée de labeur, il semblait trouver dans sa tâche un repos et une récompense." François Berge avait reçu à ce titre les insignes d'officier de l'Instruction publique et il était médaillé de l’Association amicale des Architectes français. Il était également trésorier de la caisse de retraite du Ralliement des compagnons du Devoir, responsable du musée compagnonnique, président de l'Amicale des contremaîtres de la Maçonnerie et chevalier de l'Ordre de Jacques et Soubise.

Décédé le 19 novembre 1932, il fut inhumé au cimetière de Rochecorbon, où sa tombe se trouve encore. Sur la dalle de granite, ornée du compas et de l’équerre entrecroisés, on peut lire : « FRANÇOIS BERGE C.P.T.D.P. DIT LA FRANCHISE DE COUESMES 16 FEVRIER 1869 – 19 NOVEMBRE 1932".

Le portrait illustrant cet article a été réalisé en 1911, lors de l’inauguration de la Société protectrice des apprentis et du musée compagnonnique. F. Berge porte ses couleurs fleuries autour de son chapeau, selon l’usage ancien des compagnons tailleurs de pierre.
L’autre photo nous le montre au centre du groupe de l’Amicale des contremaîtres et appareilleurs de Tours, entre ses deux filles, fêtant l’Ascension (29 mai 1919).

Merci à M. Jacques SUTEAU pour ce don généreux, qui perpétue la mémoire d’un compagnon qui se dévoua auprès de ses élèves pour transmettre ses connaissances en stéréotomie et taille de pierre.

Mis en ligne le : 25/09/2012

Un Compagnon récompensé par la SMLH

Un Compagnon récompensé par la SMLH

Depuis plusieurs années, la SMLH (Société des Membres de la Légion d'Honneur) décerne un prix à des élèves issus des organismes de formation professionnelle et qui se sont distingués par la qualité de leur projet professionnel. Cette année, la SMLH a souhaité étendre son action aux compagnons du tour de France, parce qu’ils expriment les valeurs qu’elle entend honorer : le travail, l’effort, le sens du devoir et la solidarité.

Le choix du lauréat s'est avéré difficile, selon les termes du président du jury, le général MANCEAUX-DEMIAU, tant le parcours des candidats était intéressant. Il s'est cependant porté sur Jérôme BUSSONNAIS, un compagnon menuisier tourangeau, formé initialement au Lycée Martin-Nadaud de Saint-Pierre-des-Corps.

Son tour de France (Tours, Paris, Bordeaux, Limoges, Tarbes, Annecy, Lyon, Orléans), ainsi que ses formations diplômantes à Toulouse et Colmar, lui ont permis de devenir métreur en bureau d'études et conducteur de travaux dans une entreprise du département.

La cérémonie de remise du prix s'est déroulée le samedi 12 mai, sous les voûtes de la salle capitulaire. Etaient présents de nombreux titulaires de la Légion d'Honneur, des compagnons de toutes les sociétés, Mme BOSCH, adjointe au Maire et des élus de la Ville de Tours, ainsi que des représentants des Meilleurs Ouvriers de France et d'autres organismes associés à la promotion et à l'enseignement des métiers.

Le lauréat a reçu son diplôme, le livre "Légionnaires d'Honneur" et une coupelle gravée à son nom, mais les autres candidats ont également été récompensés pour leurs mérites et leur participation.

Le Compagnonnage en général, et tourangeau en particulier, a ainsi été honoré, au delà de toute considération de métiers et de sociétés, et selon le vœu des participants, aucune récompense d'ordre pécuniaire n'a été décernée. Seule primait la devise des compagnons : "Ne pas s'asservir, ne pas se servir, mais servir !".

Le lauréat et les six autres candidats

Mme Bosch, adjointe au Maire

 

Mis en ligne le : 22/05/2012

Un  chef-d'oeuvre de compagnon charron

Un chef-d'oeuvre de compagnon charron

Le musée vient de s'enrichir de nouveaux objets grâce à la générosité du fils d'un compagnon charron du Devoir. M. Jean-Michel OPPORTUNE. Il a en effet offert une roue cerclée de fer, d'un diamètre de 38 cm, composée de plus de  70 rais. Cette roue fut ensuite embellie par des rameaux de fer forgé servant de support tandis que le moyeu était orné du blason des charrons : un compas, une plane et une équerre. Sur le bandage, le compagnon a gravé ces mots : Manceau l'ami des Arts, compagnon charron du Devoir, reçu à Marseille en 1934

La roue à multiples rais était le travail de réception le plus courant chez les compagnons charrons et celle-ci a été exécutée par Albert Opportune à Marseille, lorsqu'il accomplissait son tour de France. Il fut reçu dans cette ville à la Saint-Jean 1934, sous le nom de "Manceau l'Ami des Arts".

Né à Courdemanche (Sarthe) le 4 janvier 1915, Albert Opportune s'établit à son compte comme charron puis comme serrurier à Preuillé-le-Chétif (Sarthe). Il exécuta des travaux dans tout le département et dans le nord de la Touraine, dont les rambardes du tunnel du vieux Mans, et beaucoup de vérandas. Il est décédé le 22 novembre 2008.

En 1984, pour ses cinquante ans de compagnonnage, ses Pays lui offrirent deux céramiques commémoratives polychromes.
La première est une assiette décorée au pinceau, ornée du blason des compagnons charrons du Devoir (une roue entre un compas et une équerre, deux rameaux d'acacia et les lettres D.P.L.D.). Le marli comporte la dédicace suivante : "Manceau l'ami des Arts C. Charron 1934-1984 50 ans de compagnonnage".

La seconde est un plat ovale, issu de la faïencerie de Sainte-Radegonde (Indre-et-Loire), orné du même blason, mais sans les rameaux ni les lettres. Sur le marli on peut lire : "Manceau l'Ami des Arts C. C. C. D. D. 1934-1984 / Cinquante années de Compagnonnage". Les initiales signifient "Compagnon Charron Carrossier du Devoir", les carrossiers ayant succédé aux charrons au sein de l'Association ouvrière des Compagnons du Devoir.

Toutes ces pièces seront prochainement exposées dans la section consacrée aux charrons.

 

 

 

Mis en ligne le : 06/01/2012

Une gourde en faïence de compagnon tanneur

Une gourde en faïence de compagnon tanneur

Les descendants de M. et Mme POTIER-DELAUNAY ont eu la gentillesse de remettre au musée une très belle pièce. Il s'agit d'une gourde annulaire de compagnon tanneur-corroyeur du Devoir, en faïence, fabriquée en 1855 à Nantes.
Les compagnons de ce métier avaient coutume, entre 1830 et 1860 environ, de faire confectionner ce type de gourde pour rappeler l'un de leurs outils, la lunette, sorte de lame circulaire, évidée en son centre, qui leur servait à égaliser la surface interne des cuirs et peaux.
Ils les achetaient dans les faïenceries de Nantes et de Bordeaux, lors de leur tour de France, qui passait toujours par ces grandes villes. Ces objets ne servaient pas, ou très peu, en raison de leur fragilité. Il s'agissait de beaux souvenirs du tour, comme d'autres compagnons faisaient peindre des conduites ou des portraits aquarellés à leur nom.
La gourde qui est désormais exposée dans la vitrine des tanneurs est au nom de "Tourangeau la Sincérité", qui fut "reçu pour la vie le 7 avril 1855" (pour Pâques).
De part et d'autre de l'évidement deux compagnons tanneurs se font face, canne en main et couleurs bleues et rouges au chapeau, selon l'usage de cette corporation aujourd'hui disparue.
Les outils du métier sont représentés en partie supérieure : marguerite, valeton, boutoir, étire, fusil à affuter, lunette, couteau à écharner, couteau à dérayer.
Au revers, par une devise rimée, le compagnon nous annonce : "Le Devoir à qui je consacre mes jours / Aux Compagnons m'unit pour toujours".
Cette pièce, en très bon état, n'avait pas été recensée par Roger Lecotté lorsqu'il écrivit, en 1953, son "Essai sur les gourdes compagnonniques". On en connaît à ce jour une quarantaine d'exemplaires. C'est donc un objet rare qui enrichit les collections du musée et ajoute à la connaissance d'un vieux compagnonnage.
Que les donateurs soient ici remerciés de leur geste généreux.

16 mai : la Saint-Honoré des compagnons boulangers

16 mai : la Saint-Honoré des compagnons boulangers

Avant d'être le saint patron des boulangers, saint Honoré vivait au VIe siècle à Port-le-Grand, près d'Amiens. Devenu prêtre, il fut sacré évêque en 554 et mourut le 16 mai 600 dans son village natal. Ses reliques furent ensuite transférées en la cathédrale d'Amiens.
Pourquoi a-t-il été adopté par les boulangers ? Deux légendes le justifient. Selon la première, lorsqu'il annonça à sa famille son intention de devenir prêtre, sa nourrice faisait cuire son pain. Incrédule, elle se serait écriée : "Quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque !". Aussitôt, la pelle reverdit et se couvrit de rameaux.
Selon la seconde légende, il disait la messe à Saint-Acheul lorsqu'une main miraculeuse sortit des nuées et lui présenta l'hostie pour qu'il communie. Or l'hostie est le pain consacré.
Lorsque les ouvriers boulangers se constituèrent en compagnonnage du Devoir, en 1811, ou en sociétaires et compagnons du Devoir de Liberté, les uns et les autres l'adoptèrent comme saint protecteur.
C'est à la Saint-Honoré (16 mai) que sont reçus compagnons les aspirants boulangers (mais ce n'est pas la seule date, puisque les réceptions peuvent avoir lieu à Pâques, à l'Assomption, à la Toussaint et à la Noël).
En revanche, la Saint-Honoré est le jour de la fête qui réunit les aspirants et compagnons des villes qui dépendent d'une cayenne, ainsi que leurs familles et leurs amis. Traditionnellement, avant d'entrer dans la salle où aura lieu le banquet, un jeune compagnon et un ancien "font le Devoir", rite de reconnaissance, puis arrosent le bouquet qui est accroché à l'entrée de la salle. Le banquet est entrecoupé de chants, se poursuit par un bal et s'achève par la chaîne d'alliance.

 

La Saint-Joseph des charpentiers

La Saint-Joseph des charpentiers

Saint Joseph est le patron des charpentiers depuis le Moyen Age et il se fête le 19 mars. Il a évidemment été choisi par eux en référence aux Evangiles, car Joseph, l’époux de Marie, était charpentier à Nazareth.

C’est à la Saint-Joseph (19 mars) que les compagnons charpentiers (du Devoir et du Devoir de Liberté ) font passer compagnons leurs aspirants. Cette date  marque la fin des cours de trait dispensés pendant les mois d’hiver et annonce la reprise du tour de France avec le printemps.

Les jeunes ont « taillé » leur maquette, ils ont vécu la cérémonie de réception et ils participent au cortège dans les rues de la ville, portant leurs travaux, revêtus de leurs nouvelles « couleurs », tenant leur canne en main au milieu des chants traditionnels. Le banquet et le bal vont suivre : la journée sera longue, mais inoubliable…

La photographie jointe nous montre les compagnons charpentiers du Devoir de Liberté de Tours, à la Saint-Joseph 1932, lors de la traditionnelle photo prise devant le restaurant où va se dérouler le banquet. Il s’agit du « Trianon-Park », tenu par M. Pairaudeau, au 57 de l’avenue de Grammont. Le président Joseph VOISIN, Angoumois l’Ami du Trait, (à gauche de la Mère), est assis au premier plan, au centre.

Un bouquet de Saint-Eloi

Un bouquet de Saint-Eloi

Les collections relatives aux maréchaux-ferrants viennent de s'enrichir d'un don effectué grâce à la générosité de M. et Mme Roger CHARLES, de Sotteville-lès-Rouen (76). Ils ont remis au musée, où il est désormais exposé, un gracieux petit "bouquet de Saint-Eloi", composé de 11 petits fers à cheval de différents modèles, soudés sur des tiges cintrées et réunies à un grand fer central. De grosses têtes de clous à ferrer, pyramidales, ornent ce fer "à planche". Un support ouvragé et articulé est monté à l'arrière et permet de maintenir le bouquet de Saint-Eloi incliné.
Il mesure 32 cm de longueur et 25 cm de hauteur.
On pouvait glisser une photographie entre le bord du fer central et une plaque de laiton mobile, qui comporte le nom de l'auteur de ce petit chef-d'oeuvre et sa date d'exécution : "P. T. MONTIER 1886 Brigadier maréchal au 15e Escadron du Train". C'est vraisemblablement durant son service militaire que ce maréchal a exécuté ce travail d'une finition parfaite et presque sans aucun point de rouille, indice d'un fer très doux, presque pur.
On ne sait rien sur ce nommé MONTIER, si ce n'est qu'avant 1914 il était employé chez Hyacinthe CHEVALIER, maréchal-ferrant à Fleury-sur-Andelle (Eure). Un visiteur du site pourrait-il nous renseigner sur cette personne, qui n'était peut-être pas compagnon mais sûrement un très habile ouvrier ?

Le Compagnonnage inscrit au patrimoine culturel immateriel

Le Compagnonnage inscrit au patrimoine culturel immateriel

Le 16 novembre 2010, l'UNESCO a inscrit le Compagnonnage au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Les compagnons du tour de France sont désormais reconnus mondialement pour la spécificité de leur enseignement professionnel et moral, leurs traditions et la capacité à les transmettre.
Cette reconnaissance concerne donc environ 12 000 compagnons en France et trois principales associations, sans compter les stagiaires, aspirants, formateurs et personnels associés à la vie de l'institution.
Le document de l'UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel précise que sa sauvegarde "signifie s'assurer qu'il joue toujours un rôle actif dans la vie des générations actuelles et qu'il est transmis aux générations de demain. Les mesures de sauvegarde visent à assurer sa viabilité, sa recréation permanente et sa transmission. Parmi les initiatives possibles de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel on citera l'identification et la documentation de ce patrimoine, la recherche, la préservation, la promotion, la mise en valeur ou la transmission, essentiellement par l'éducation formelle et non formelle, ainsi que la revitalisation de ses différents aspects."
Le musée du Compagnonnage poursuivra donc plus que jamais cette mission de documentation et d'éducation.
Pour en savoir plus : Le blog de Jean Michel Mathonière

Escalier à dessous coulissant
(1825)

Musée du Compagnonnage

8 rue Nationale
37000 Tours
Tél : 02 47 21 62 20

Escalier à dessous coulissant (1825) Plan d'accès
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